Banlieues : l’histoire d’une faillite française

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

L’affaire Théo et les violences qui se sont poursuivies encore ce week-end. Pour Yves Thréard, tout ça vient rappeler que les banlieues, c’est un peu l’histoire d’une faillite française.

Cette terrible histoire nous ramène à une réalité qui était quasiment absente du débat de la présidentielle. Exactement comme le chômage.
Les candidats en parlent très peu. Comme si on s’habituait, comme si on s’était résolu à vivre avec cette violence. Est-ce de l’indifférence ou du défaitisme ?
Comme le chômage, ça fait 40 ans que des zones de non droit, des territoires perdus de la République prospèrent en France, et que fait-on ? Des plans ORSEC, on déverse des milliards, mais rien ne change. C’est de pire en pire !
Résultat : ceux qui le peuvent fuient les banlieues, vont s’installer en zones péri urbaines où ils se sentent encore plus abandonnés et votent Front national comme un seul homme.
Pourtant, pas plus que contre le chômage, nous n’avons tout essayé pour faire en sorte que les banlieues françaises ne soient plus des poudrières.

Quelle politique faudrait-il mettre en œuvre ?

D’abord, et l’affaire Théo le rappelle, il faut travailler au rapprochement des forces de l’ordre et des populations sur place. Pour en finir avec les batailles rangées. C’est surtout une question de formation et de techniques de travail des policiers et des acteurs de la justice. Contrairement à ce qui se pratique en Grande Bretagne, Allemagne ou au Danemark, aucune réflexion n’est conduite sur ce front.
En France, on pense toujours que c’est une question de moyens. Des moyens supplémentaires n’auraient pas empêché l’affaire Théo, pas plus qu’elle n’aurait empêché l’attaque de policiers au cocktail Molotov en octobre dans l’Essonne.
Il faut sans doute réinventer la police de proximité, avec des hommes à pied, engagés dans les quartiers et pas seulement compter sur des patrouilles véhiculées qui ont un caractère impersonnel.

Quarante ans de perdu donc ?

La démagogie le dispute à l’indifférence, le clientélisme communautariste, au simplisme. Car, bien sûr, la réponse est aussi dans l’éducation et une intégration beaucoup plus exigeante des populations. Deux sujets sur lesquels l’échec est total. On ne parle encore que de moyens et pas assez de formation des enseignants, d’orientation des enfants, de suivi judiciaire et de tolérance zéro.