21 avril 2002 et 2017, qu’est-ce qui a changé en 15 ans ?

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L'édito politique d'Yves Thréard est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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Chaque matin, Yves Thréard nous livre son analyse politique à quelques semaines de l'élection présidentielle.

21 avril 2002 et 2017, qu’est-ce qui a changé en 15 ans ?

Coup tonnerre au soir du premier tour de la présidentielle, le 21 avril 2002 : Jean-Marie Le Pen se qualifiait face à Jacques Chirac, coiffant sur le poteau Lionel Jospin. A l’époque, peu avait imaginé ce second tour inédit.
Quinze ans plus tard, tout le monde s’attend, au contraire, à la qualification de sa fille Marine. Personne ne s’en étonnerait dimanche soir, comme si une présence forte de l’extrême droite dans le paysage politique français s’était banalisée, institutionnalisée.
Certes le FN de la fille n’est pas celui du père. Sa dédiabolisation est passée par là. Aux relents d’antisémitisme et de pétainisme s’est substitué un violent discours anti Islam, anti immigrés et europhobe, épousant les peurs de son époque. Et cette fois, si Marine Le Pen était au second tour, il est acquis qu’elle ferait beaucoup, beaucoup plus que son père, qui n’avait obtenu même pas 20% des suffrages face aux plus de 80% de Chirac…

En quinze ans, le Front national s’est donc installé.

Ses détracteurs évoqueront une "lepénisation" des esprits. Mais le dire n’explique rien. La montée en puissance du FN trouve ses racines dans la faillite des partis de gouvernement à trouver les bonnes réponses aux problèmes des Français.
En 2002, on parlait déjà de l’insécurité galopante, du chômage de masse, de la crise de l’éducation, de l’explosion des banlieues, de l’immigration incontrôlée, de la désertification des campagnes. Quinze ans plus tard, aucune de ces plaies n’a été guérie. Elles se sont en revanche creusées. Pourquoi ?
Parce qu’il y a longtemps que le PS, qui s’est boboïsée, a abandonné le peuple pour s’occuper notamment de la défense des minorités. Et il en paye le prix aujourd’hui avec un candidat hors-sol, Benoît Hamon, qui barbote dans les profondeurs des sondages.
Parce que la droite, y compris sous Sarkozy, a beaucoup parlé, tonné. Mais, complexée, divisée, elle a peu tenu ses promesses. Même s’il n’était pas plombé par les affaires, Fillon n’est pas un pare-feu au FN. Avec son discours libéral (on l’a vu sur la Sécu), il parle plus aux élites qu’au peuple.

Les vieux partis de gouvernement sont usés.

Oui, et leurs primaires n’ont rien réglé. D’où la popularité des Le Pen, Macron, Mélenchon, qui apparaissent, à tort ou à raison, comme les figures du renouveau. Mais attendons dimanche...