Macron, le candidat du lieu commun

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Alors qu'il ne cesse de grimper dans les sondages, Emmanuel Macron est passé maître dans l’art du consensualisme.

Qu’est-ce que le "macronisme" ?

Véritable Objet Politique Non Identifié, le candidat d’En Marche ne cesse de grimper dans les sondages sans qu’on parvienne à cerner les ressorts de son succès. Lors de son meeting de ce weekend, il nous a donné un aperçu de sa "doctrine politique".
Devant une foule adonnée à une idolâtrie frôlant le culte de la personnalité, Macron s’est livré à une succession stupéfiante de lapalissades idéologiques : "réconcilier la France avec le monde, réconcilier la liberté avec l'égalité, créer un avenir collectif", corriger les excès du capitalisme, se battre contre la pollution et améliorer les relations internationales. Le macronisme, c’est la politique du truisme, le lieu commun érigé en programme. Il y avait plus de concret dans l’hologramme de Jean-Luc Mélenchon que dans son heure de discours.
Il est passé maître dans l’art du consensualisme, citant les figures les moins clivantes de la Vème République : Jacques Chirac, Simone Veil, Michel Rocard et multipliant les références littéraires attrape-tout jusqu’à récupérer Charles Péguy, qui était pourtant farouchement antimoderne et aurait vomi le progressisme d’En Marche.
"Il n’y a pas de culture française" a t’il dit d’ailleurs à Lyon, tout en chantant la Marseillaise la main sur le cœur, comme les Américains, prouvant là aussi son manque de culture politique.

Macron, est-ce une bulle ?

Attention à ne pas le sous-estimer ! Ce n’est pas parce qu’on est une bulle qu’on ne peut pas arriver à l’Élysée. À l’époque où on élit un Trump à la Maison Blanche, tous les zozos du monde peuvent parvenir au pouvoir. Macron est le candidat de la post France, et de la post-politique. C’est le télévangéliste du social-libéralisme, le roi thaumaturge des connectés à la mondialisation, le N+1 de l'individualisme triomphant, le visage sans programme d’une modernité sans nostalgie. Il va chercher les abstentionnistes, les personnes dépolitisées et les nourrit d’un "populisme optimiste", d’une bienveillance sans heurts, d’une politique sans conflits. Là où ses concurrents assument des propositions et des lignes politiques très tranchées, Emmanuel Macron propose lui une « révolution passive" (selon le mot du politologue Gaël Brustier), une soumission souriante au monde tel qu’il va. Il nous propose d’enfoncer les portes ouvertes dans la bonne humeur, de prendre le train en marche de la mondialisation libérale. Son slogan n’est pas "La France en marche", mais, "Marche ou crève". A savoir si comme la grenouille de la Fontaine qui voulait être un boeuf ce n’est pas lui qui explosera le premier.