Bayrou : une opération gagnant-gagnant ?

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L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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François Bayrou a surpris tout le monde hier en annonçant qu'il se ralliait à Emmanuel Macron.

Sacré coup de théâtre, hier, avec l’alliance surprise entre François Bayrou et Emmanuel Macron. Pourquoi ce revirement soudain de la part d’un homme qui s’est présenté trois fois et qui semblait uniquement habité par la présidentielle ?
 
Il a surpris tout le monde et il faut l’avouer François Bayrou à le sens du coup de théâtre. Voilà un homme qui pèse 6% dans les sondages, qui n’avait aucune chance de gagner la présidentielle, pas même d’être au second tour et il a réussi le tour de force de faire tourner toute la planète du petit monde politique autour de sa seule ex-future candidate pendant trois jours ! Chapeau bas.
En même temps pour ceux qui connaisse bien le Béarnais, il avait commencé son deuil de la présidentielle bien avant hier. Un an avant la primaire, il expliquait qu’il soutiendrait Alain Juppé et qu’il ne serait pas candidat contre le maire de Bordeaux. Au début du Pénélope Gate, il espérait encore que Juppé soit remis en selle par le retrait de Fillon qu’il jugeait inévitable. On connaît la suite. Fillon est toujours candidat et Juppé à la retraite. Alors Bayrou a mesuré une dernière fois ses forces : bien maigres. Même sa fidèle Marielle de Sarnez ne voulait pas qu’il se lance. Il s’est donc rallié bon gré mal gré.
 
Un choix de raison donc plus que d’adhésion à la personnalité d’Emmanuel Macron ?
 
Bien sûr, Bayrou et Macron n’ont rien à voir. Outre la différence d’âge (25 ans) ils ne partagent rien. Le Béarnais est un centriste conservateur, aime la terre, déteste l’argent et fuit les mondanités. L’autre fut banquier, est le héros des golden boys de la finance, ne déteste pas les mondanité, et a fait ses classes en politiques avec François Hollande.
Non, Bayrou a compris qu’il fallait passer la main. Que le danger du FN était réel. Et qu’il risquait tout simplement de ne pas faire 5%. De finir sa carrière ruiné après avoir tuer sa famille politique héritière de l’UDF giscardienne. Avec élégance et même panache, Bayrou a fait le sacrifice (il a employé le mot trois fois) de sa candidature et proposé en direct à la télé sa proposition d’alliance. Une sorte de ticket à la fois inédit et baroque sous la Ve.
 
À l’arrivée c’est bon pour qui Macron ? Bayrou ?
 
Les deux. Pour Macron qui commençait à piquer du nez dans les sondages, c’est proposition est une bouée de sauvetage et tombe au bon moment. Pour Bayrou, c’est une porte de sortie honorable et l’occasion de régler ses comptes avec la droite de Fillon et de Sarkozy qu’il a méchamment cognée hier. Pour Bayrou qui a voté Hollande en 2012, la suite logique c’est Macron, fils spirituel du président sortant.
Il faudra quand même attendre pour voir si c’est un ticket gagnant gagnant. Personne ne sait si l’attelage entre "Jésus Macron" et le biographe d’Henri IV va fonctionner. Ce qui est certain c'est que Bayrou qui se vit en roi de Navarre a décidé de désigner, au terme d’une annonce très surjouée, son dauphin Emmanuel Macron pour le trône de France. Rendez-vous le 7 mai pour voir si le sacre de Macron aura bien lieu.