Bayrou, possible candidat malgré lui

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L'édito politique de 6h20 est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
Partagez sur :

Bayrou pourrait bien se lancer dans une 4e course à la présidentielle. Après une série de coups de théâtre sur la scène politique, il se dit que c'est peut-être son moment. Même si un échec pourrait aller jusqu'à le ruiner.

Comme avant chacune de ses campagnes présidentielles, François Bayrou publie cette semaine un livre, Résolution française. On le voit partout dans les médias. Il faut aussi savoir que le chiffre préféré de François Bayrou est le 4. 4 comme 4e campagne présidentielle. François Bayrou croit en effet que c’est possible. Et il avance un drôle d’argument : Mitterrand, Chirac et même Jean-Marie Le Pen, ont obtenu leur meilleur résultat à la quatrième campagne ! Le Béarnais oublie de dire que Mitterrand et Chirac avaient, eux, gagné à la troisième tentative.

La Arlette du centre. Qu’importe, François Bayrou est comme ça. Il aime l’élection présidentielle selon sa formule. Il est un peu la Arlette Laguiller du centre. Il a commencé en 2002 avec 6%. En 2007, il obtient 18,57% et frôle la qualification. Il y a 5 ans, ça se passe moins bien et descend sous les 10% mais il commet, pour la droite en général et Nicolas Sarkozy en particulier, l’irréparable en votant pour François Hollande.

Aujourd’hui, il ne regrette rien, assure que l’histoire lui rendra grâce sur ce point. Mais il veut désormais l’alternance. En clair : Bayrou revient au centre droit. Peut être parce que le centre-gauche est occupé par un certain Emmanuel Macron ! Et puis avec la série de coups de théâtre en cours, il se dit que c’est peut être son tour !

Encombrant pour la droite. A la fin de l’année dernière il était pour Alain Juppé. Pourquoi ne soutient-il pas François Fillon ? Parce qu’à droite, pour l’instant, on ne veut pas de lui. Alain Juppé est bien placé pour savoir que le soutien de Bayrou fut très encombrant. François Fillon, lui, n’a pas de litige avec lui contrairement à Nicolas Sarkozy. Les deux hommes se respectent. Mais le candidat de droite sait que prononcer le nom de Bayrou devant des militants Républicains c’est l’assurance d’être hué ! Mais ça, c’était avant le PénélopeGate. Depuis, la cote de Fillon baisse à vue d’œil et peut-être que le soutien de Bayrou pourrait aider pour franchir le 1er tour.

Risqué financièrement. Le problème c’est que Bayrou pense que Fillon ne se remettra pas de ce qu’il appelle un "accident industriel". En clair : la droite va changer de cheval. Et Bayrou espère profiter de cette période d’incertitude pour élargir son espace électoral. Dans le sondage Ifop pour Paris Match, il culmine à 4,5%. Les intentions de vote varient entre 4,5 et 6% selon les instituts. Pas terrible. François Bayrou prendrait un grand risque en tentant la passe de 4. Peut être même le risque de finir ruiné car s'il ne fait pas 5%, il ne sera pas remboursé de ses frais de campagne. Or, Bayrou, pour faire campagne, met l’immeuble du siège du MoDem en garantie. On sait que son parti est modeste, qu’il n’a pas de troupes et même son bras droit, Marielle de Sarnez, n’a pas envie de repartir en campagne.

Son problème est donc simple : la droite ne veut pas de lui, et lui n’aime pas Emmanuel Macron, le candidat des forces de l’argent et de l’hyper-capitalisme selon ses mots, le candidat surtout qui est en train de lui piquer son créneau. Alors vous voyez, Bayrou risque finalement d’être candidat malgré lui. Trop fier pour renoncer. Assez fou pour y aller quitte à conclure sa carrière par un bide.