Y-a-t-il 15.000 kalachnikovs en circulation dans les quartiers ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Selon Jordan Bardella, président du FNJ , 15.000 kalachnikovs circulent dans les banlieues. Mais c'est un chiffre très improbable. 

Vrai-Faux : 15 000 kalachnikovs circulent-elles dans nos banlieues ?

Les propos de Donald Trump sur le drame du Bataclan ont déclenché des protestations unanimes. On dénonce leur indécence, mais le Front national s’est engouffré dans la brèche, comme Jordan Bardella, président du Front national de la Jeunesse.

"J’aimerais aussi que l'on s'attaque aux 15.000 Kalachnikovs qui sont en circulation partout dans les banlieues.On a un libre port d'armes aujourd'hui en France dans un certain nombre de nos quartiers notamment."

15.000 kalachnikovs circulent dans nos banlieues. Vrai ou faux ?

C’est très improbable. Même si Jordan Bardella a des excuses : ce chiffre circule depuis tant d’années qu’il est devenu une sorte de mythe urbain, repris régulièrement par la presse. Il est apparu en 2010, dans la foulée de quelques affaires médiatiques, des braquages impliquant de gros calibres. Des sources syndicales, dans la police, ont alors fait une extrapolation, à partir du nombre d’armes saisies chaque année. Comme il y en a 4.000 environ, elles ont pensé que ça devait représenter 10 à 15% du total, et estimé à 30.000 le nombre d'armes en circulation, dont peut-être 4.000 armes de guerres. Un autre syndicat a avancé le chiffre de 15.000, qui se sont transformées, par la magie de la rumeur, en 15.000 kalachnikovs. Pas un spécialiste ne juge ce chiffre crédible, encore moins le ministère de l’Intérieur.

Le problème, c’est qu’on ne sait pas exactement combien d'armes circulent, puisque par définition, elles sont cachées. On sait en revanche que les armes de guerres représentent 3 à 5% des armes saisies chaque année, dont le nombre reste stable (entre 4.000 et 5.000). Le ministère de l’Intérieur estime que depuis 10 ans, 10.000 armes environ issues du trafic sont entrées sur le territoire : on parle d’armes importées de l’étranger, remilitarisées, transformées. C’est inquiétant, c'est vrai, mais non, les caves des banlieues ne débordent pas d'un arsenal délirant. Le nombre d’homicides par arme à feu d'ailleurs reste faible : en 2015 en France, il y en a eu 111 (contre 165 en 2010.)

Est-ce qu’il est facile de se procurer ces armes?

Ça l’est moins qu’en 2010. A l’époque, la filière des Balkans était très active : on pouvait se procurer une kalachnikov pour quelques centaines d'euros, et sans frontières, dans l’espace Schengen, les contrôles étaient rares. Depuis, la situation a quand même changé. Parce que les pays des Balkans, la Serbie, le Monténégro. Veulent entrer dans l’Europe, ils ont donc renforcé les contrôles chez eux. Et comme ce qui devient rare, est plus cher, il faut débourser 2.000 à 3.000 euros maintenant pour une kalachnikov en bon état. La France enfin, collabore avec ses voisins : la lutte contre le trafic s’est intensifiée.

Maintenant, tout n’est pas parfait. On connaît mal le stock d’armes réel sur notre territoire. 4, 5 millions sont légales et déclarées, mais combien de vieux fusils,  d'armes de collectionneurs, sont détenues dans les caves ? Plusieurs millions sans doute. Or 6 à 10.000 de ces armes sont volées chaque année.

Ensuite, le problème de l’importation d’armes de guerres demeure, parce qu’on n’arrive pas à harmoniser les législations dans 28 pays d’Europe. Les règles pour les démilitariser ne sont pas les mêmes, et l'on peut se procurer une arme sur internet avec un simple prêt à la consommation. Les bandits, dans les quartiers, mutualisent d'ailleurs les quelques armes dont ils disposent. Certains spécialistes rêvent d’une agence européenne qui ne s’occuperait que de lutte contre ce trafic, avec un plan et des législations coordonnées, impliquant les détenteurs légaux. Mais cela sera illusoire : pour de nombreux pays, les armes restent un attribut de souveraineté.