Une majorité de détenus a-t-elle des problèmes psychiatriques ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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François Bayrou affirme affirme qu'une majorité de détenus a des problèmes psychiatriques.

Prisons : plus de la moitié des détenus souffrent de problèmes psychiatriques. Vrai ou Faux ?

Le mouvement de blocage des prisons entame son dixième jour. Un conflit  dont on ne voit pas l’issue, tant le malaise est profond : manque de places, radicalisation, sous-effectif… Les recrutements et la prime proposés par le gouvernement aux syndicats de surveillants est loin de leur suffire, et dans le monde politique, chacun y va de son constat désolé. La droite dénonce, la gauche étrille. Pour François Bayrou, cette crise couve depuis des années.

"Il y a en prison une majorité de personnes qui ont des problèmes psychiatriques. Qu'est-ce qu'on fait ? Rien"

Une majorité de détenus a des problèmes psychiatriques. Vrai ou Faux ?

C’est faux. Même si l'on entend souvent cette statistique, elle n’est absolument pas fiable, car elle repose sur la seule étude qu’ait conduite le ministère de la Santé pour évaluer la prévalence des troubles psychiatriques en milieu carcéral.  C’était il y a 17 ans, en 2001 : on avait alors suivi un groupe de détenus visitant, justement, les services médico-psychologiques des centres pénitentiaires (donc pas représentatifs de l’ensemble des détenus), et la définition retenue pour ces troubles était très large, de l’anxiété légère à la schizophrénie. Il en était ressortit que plus de la moitié des nouveaux détenus présentaient un trouble.

Depuis d’autres enquêtes ont été conduites, en 2006 et en 2015 (cette dernière dans les prisons de Picardie). Elles donnent un taux qui reste très important, mais moins élevé, de détenus souffrant de troubles mentaux : 25%. Une grande partie sont des problèmes liés à l'addiction aux drogues et à l’anxiété. Les troubles vraiment lourds (psychoses, schizophrénie…) concernaient à l'époque 10 à 15% des détenus, selon ces enquêtes. C’est globalement conforme à ce qui est observé dans d’autres pays, selon la méta-analyse opérée en 2015 par l’Institut de Veille Sanitaire (http://opac.invs.sante.fr/doc_num.php?explnum_id=9520) On peut s'interroger, pour cette population, sur le sens de la peine.

10 à 15% des détenus ont des troubles psychotiques, et on ne fait rien ?

Dire qu’on ne fait rien est exagéré. 9 unités spéciales ont ouvert, depuis 2010, dans des hôpitaux, pour accueillir les cas les plus lourds. Ce sont en quelque sorte des prisons-hôpital psychiatrique. Un peu moins de 1900 détenus les ont en 2016. Les patients-détenus y restent 45 jours en moyenne (le taux de suicide, très élevé en prison, a d'ailleurs légèrement baissé dans les centres de détention depuis que ces places ont ouvert). Le problème, c’est qu’il n’y en a pas assez, les listes d’attente s’allongent… et que ça coute tellement cher que les 8 autres unités que l’on avait prévu de construire sont mises en attente. Et puis cela ne règle pas le problème de fond : que faire de ces gens s’ils devaient sortir de prison ? Dans les hôpitaux psychiatriques classiques, on manque aussi de places. 

Ensuite, il reste le problème des autres pathologies, extrêmement répandues (la dépression, l'anxiété…), et que les conditions déplorables de détention amplifient.  En théorie, toutes les prisons ont une unité sanitaire qui fait de la psychiatrie, mais elles manquent cruellement de personnel. Les derniers chiffres datent de 2012, je n'ai pas pu en obtenir de plus récents : il y avait à l’époque 1 psychiatre ou psychologue pour 130 détenus.