Tous les violeurs passent-ils par la case prison ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Selon Marlène Schiappa, seulement 1% des violeurs passeraient par la case prison. C'est vrai.

Et le vrai faux de l’info ce matin avec vous Salomé Legrand sur l’impunité (supposée) des violeurs.

Avec la Secrétaire d’Etat chargée de l'Égalité entre les femmes et les hommes Marlène Schiappa qui l’a dénoncée hier sur France info :

"On sait également qu'il y a en moyenne seulement 1% des violeurs qui finissent par faire de la prison effectivement"

Alors Salomé, 1% seulement des violeurs qui finissent derrière les barreaux vrai ou faux ?

Et bien c’est vrai, mais c’est le résultat d’un calcul un peu grossier, un raccourci fait pour choquer, et qui laisse penser que la justice est -au mieux- laxiste, voire incompétente, alors que ce n’est pas tout à fait juste. Pour en arriver à ce chiffre, Marlène Schiappa divise le nombre de femmes qui déclarent avoir été victimes de viols ou de tentatives de viol sur une année, 93.000 femmes en 2016, par le nombre de condamnations pour viols la même année, 1 012 d’après le ministère de la Justice, on arrive bien à 1%. Mais ce que la secrétaire d’Etat ne dit pas c’est qu’il n’y a pas 93 000 plaintes par an, on considère même que 9 victimes de viols sur 10 ne déposent pas plainte or, c’est une évidence mais on ne peut pas condamner un violeur qui n’a pas été dénoncé.

Bon d’accord mais qu’est-ce que ça donne quand la justice est saisie ?

Alors il faut bien avoir conscience que tous ces chiffres ne sont que théoriques parce qu’un viol n’est généralement pas jugé l’année où il a lieu, entre le temps de la libération de la parole et celui de l’enquête. Mais toujours avec ces données de 2016, si on ne prend que les viols, 1.012 condamnations pour quelques 14.000 plaintes, ça fait 7% de condamnations. Et j’ai fait un autre calcul, car dans de nombreux cas la justice propose à la victime que le violeur soit jugé pour agression sexuelle par un tribunal correctionnel et non pour viol par une cour d’assises, la peine encourue est moindre mais les délais souvent plus courts. On est alors plutôt à 15% des plaintes qui débouchent sur une condamnation. 

Reste à savoir quelle condamnation, d’après le ministère de la Justice, entre 2012 et 2016, un peu plus de 7 personnes condamnées pour viol sur 10 ont écopé d’une peine de prison ferme.

Enfin 15% de plaintes qui débouchent sur une condamnation, ça ne fait pas beaucoup non plus, qu’est ce qui explique un tel décalage ?

Il y a beaucoup d’affaires classées sans suite faute de preuve. Plus on s’éloigne des faits, plus c’est difficile d’avoir des éléments matériels, des certificats médicaux attestant de violences par exemple. Mais aussi parce qu’avec le temps, parfois l’alcool ou encore l’état de choc, de sidération auxquels les enquêteurs et magistrats ne sont pas formés, les témoignages sont imprécis, ce qui décrédibilise le récit, surtout quand on se trouve dans un dossier "parole contre parole". Et puis il y a tous les cas de viol conjugaux, au sein d’un couple où le non consentement est très difficile à prouver et le doute profite à l’accusé. Dans 45% des situations, l’agresseur est le conjoint ou l’ex-conjoint.