Philippe Martinez : le régime de retraites des cheminots "est auto-financé, ça ne coûte rien. Ce régime est excédentaire"

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Faux, il est en réalité en déficit chronique. Les cotisations des cheminots ne rapportent que 37% des recettes du régime, tout le reste est payé par les impôts.

Le Vrai-Faux de l'Info avec Philippe Martinez. Le patron de la CGT accuse le président de vouloir diviser les Français, en évoquant, une possible réforme des régimes spéciaux de retraite. Il soutient que c’est un non-sujet, car selon lui : "Ils paient plus de cotisations d'ailleurs dans leur régime que ce que paient l'ensemble des citoyens sur le régime général. C’est un régime qui est autofinancé par les cheminots, ça ne coûte rien. Ce régime est excédentaire."

Le régime de retraites de la SNCF est-il excédentaire ?

Non, c’est un mensonge. Il est au contraire, en déficit chronique. L’État a dû rallonger l’an dernier 3,3 milliards d'euros pour payer les pensions des anciens cheminots, et de leurs familles. Ce qui représente près des deux tiers de toutes les pensions versées. C’est simple, les cotisations ne rapportent que 37% des recettes du régime, tout le reste est payé par les impôts.

rapport retraite des cheminots crédit : cprpsncf

https://www.cprpsncf.fr/documents/20182/60442/RA_cprsncf_2016.pdf/9b424412-8b9d-461c-9857-b3bd24bc72f4


Alors qu’est-ce qui autorise Philippe Martinez à prétendre l'inverse ?

En 2007, pour éviter la faillite du système, on a créé une caisse spéciale, dotée d’une subvention d’équilibre versée par l’état. Cela permet de maquiller les comptes : chaque année, la subvention vient combler le trou et la caisse affiche fièrement un bilan en parfait équilibre, totalement artificiel. En 2012 il y a même eu un léger excédent de 100 millions d’euros…  Cette subvention permet de financer les droits spécifiques des cheminots, notamment leur départ précoce en retraite. L’an dernier les "roulants" sont partis à 53 ans en moyenne, 57 ans pour les autres. Et la situation financière ne va pas s’améliorer puisque le nombre de cotisants ne cesse de baisser : ils étaient 146.000 actifs à payer l’an dernier, pour 265.000 retraités.

Cotisent-ils vraiment plus ? 

Non, Philippe Martinez ne prend en compte que les cotisations au régime général, soit 6,9% du salaire dans le privé. Mais il y a aussi la part non-plafonnée, de 0,4%, les cotisations aux complémentaires, celle pour l’AGFF, cette caisse qui finance les pensions d'aujourd'hui… Les agents de la SNCF, eux, versent c'est vrai 8,2%, mais hors primes. L’assiette est donc beaucoup plus réduite puisque ces primes représentent plus d’un cinquième de leur rémunération. Et ce faible montant de cotisation apparaît clairement dans les comptes : sur les 5,3 milliards de pensions versées aux cheminots l’an dernier, les agents actifs en ont payé très exactement 7%, soit moins de 400 millions.

En revanche, il y a la part employeur. Même si c’est l’État, c’est normal, que l'employeur finance. Sauf que dans le régime général, la part employeur, c’est tout au plus 16%. À la SNCF, c'est plus du double, soit près de 36%...

On est donc très loin de l’autofinancement. Est-ce la même chose pour tous les régimes spéciaux ?

Oui. Tous sont en déficit, parce qu’il faut compenser la baisse, du nombre d’actifs ! Donc l’État surcotise, c’est un premier moyen et comme ça ne suffit pas, il renfloue. Cette année, 6,2 milliards d'euros ont été votés dans le budget pour combler les retraites de la SNCF, de la RATP, des Marins… C’est pourquoi le gouvernement veut réformer ce système, et il n’est pas le premier. On voit, à la vigueur de la réaction de Philippe Martinez, que ce n’est pas gagné.