Les pesticides sont-ils les premiers responsables du déclin des oiseaux ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Un chercheur affirme que les pesticides sont les premiers responsables du déclin des oiseaux.

Vrai-Faux : le déclin inquiétant des oiseaux des campagnes.

L’information a été relayée partout, et de façon retentissante par Nicolas Hulot à l'Assemblée : les oiseaux des campagnes disparaissent à une vitesse vertigineuse (leur nombre a baissé de 30% en 15 ans), alertent le CNRS et le muséum d’Histoire naturelle. Et l’on tient le responsable :

"Pour notre chercheur, le responsable de ce déclin vertigineux, c’est l'agriculture, et surtout l’usage intensif des pesticides".

Les pesticides sont les premiers responsables du déclin des oiseaux. Vrai ou faux ?

C’est faux. Il m'a fallu du temps pour vérifier  l'information, beaucoup plus complexe que ce qu’on nous a présenté, et qui part d’un constat réel : oui, les espèces spécialistes d'oiseaux, celles qui vivent dans un habitat précis, s’effondrent dans les zones agricoles. Mais le lien qui est fait dans un grand raccourci avec les pesticides, les chercheurs ne l'ont pas démontré, comme ils nous l'ont confirmé par écrit : "Notre étude ne permet pas de prouver que ce déclin est dû à telle ou telle pratique (par exemple les pesticides), mais nous faisons l'hypothèse que si c'est dans le milieu agricole que les oiseaux déclinent le plus, c'est lié aux pratiques. Parmi ces pratiques, l'utilisation de pesticides, qui détruisent les insectes dont sont dépendants les oiseaux, est probablement un des facteurs responsables".

Le problème, c'est que la disparition des insectes, qui a été mesurée récemment en Allemagne, reste elle aussi mystérieuse. La biomasse s'est réduite de 75% en 27 ans, dans les zones étudiées là-bas. C'est considérable, mais les auteurs de ce constat ignorent les causes de ce déclin : ils n’ont pas intégré, ni étudié l’effet des pesticides, des changements climatiques ou d’autres facteurs. Ils n'avancent que des hypothèses. Elles font sens intellectuellement, parce que oui, les pesticides ont un impact sur l’environnement, mais touchant le déclin des oiseaux, il y a d’autres facteurs.

Sait-on lesquels ?

En partie, car les chercheurs, notamment du Centre d'Écologie et de Sciences de la Conservation, les étudient depuis longtemps. Leur dernière étude a porté sur 199 champs observés dans trois régions françaises sur une longue période. Ils ont constaté que les pesticides influent de façon négative sur des espèces se nourrissant de gros insectes, celles qui nichent au sol dans les champs. Mais ils apportent des nuances importantes : d'abord, les doses utilisées de pesticides sont essentielles (il y a peu d’impact quand elles sont faibles), et surtout ces intrants pèsent trois à quatre fois moins dans le déclin des oiseaux que la modification de leur habitat : les champs qu'on a élargis, la destruction des haies, des mares, la fin des jachères imposée par la PAC. Pour eux, c'est à l’échelle de chaque ferme qu’il faudrait repenser les espaces naturels pour préserver vraiment la biodiversité, qui reste compatible avec des pratiques raisonnées d'agriculture.

Il faudrait aussi étudier l’influence de la pollution, du climat, qu'on connaît mal. Les agriculteurs restent les mieux placés pour agir, et l’aménagement du paysage une nécessité. Mais il faut noter qu’en ville, nos pratiques aussi sont interrogées : les populations d’oiseau ont baissé d’un tiers, également, dans les zones bâties.