Les perturbateurs endocriniens ont-ils un effet sur le comportement des garçons ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Une étude affirme que les perturbateurs endocriniens auraient un effet sur le comportement des garçons.

Le Vrai Faux de l’info avec les perturbateurs endocriniens qui influeraient sur le comportement des garçons.

Une grande partie de la presse a repris cette information cette semaine, citant une étude de l’inserm, l’Institut national de la santé et de la recherche. Cette étude monterait l’impact concret de ces perturbateurs sur les enfants, les petits garçons. L’exposition de la mère, pendant la grossesse, influerait sur le système hormonal qui contrôle de développement du cerveau de l’enfant, avec des conséquences effrayantes.

"Cette étude prouve qu’il faut de toutes petites doses d’exposition pour affecter les enfants pendant la grossesse. Les enfants dont les mamans ont des niveaux de triclosan plus élevés sont plus nerveux, plus soucieux, on plus de maux de tête".

Cette étude prouve l’effet des perturbateurs endocriniens sur le comportement des garçons. Vrai ou faux ?

C’est très outrancier, cette étude ne prouve rien scientifiquement. Il suffit de la lire d’ailleurs, pour s’en apercevoir. Mais, elle met en lumière des signaux d’alerte faibles, mais intéressants, qu’il sera indispensable d’approfondir.

Pour le comprendre, il faut se plonger dans le texte. Les chercheurs ont voulu étudier les effets de plusieurs perturbateurs endocriniens, sur le développement des enfants, notamment le Bisphénol A qui a été interdit depuis. Mais également le triclosan, un anti-bactérien que l’on trouve dans les savons, des dentifrices, et certains phtalates.

Ils ont suivi 529 couples mère-enfant, en prélevant pendant la grossesse, un échantillon d’urine pour mesurer le degré d'exposition. Ça a montré des traces de 13 substances toxiques, à des seuils inférieurs au taux autorisé. À partir de là, on a soumis les mères à deux questionnaires sur le comportement de leur enfant, à trois ans puis à cinq ans.

Les résultats sont les suivants : pour le Bisphénol A, dont le rôle sur l’obésité ou l’âge de la puberté est déjà pas mal documenté, on observe un sur-risque d’hyperactivité chez les enfants dont les màres ont été exposé, un sur-risque de 8%. Mais pour le Triclosan, par exemple, pour lequel il n’existe pas d’autre étude liées au comportement, les résultats sont beaucoup moins nets. La substance augmenterait le risque de troubles émotionnels de 1 à 2%. C’est une alerte, une étincelle, mais statistiquement, ce n’est pas significatif. Ça ne devrait même pas être mentionné, selon les standards habituels. Les auteurs de l’étude le reconnaissent : une part de leurs résultats peuvent être dus au hasard.. Le Paraben, par exemple, selon ce qu’ils ont trouvé, serait positif puisque il réduirait de 2% les risques d’hyperactivité. Ce qu’ils mettent en évidence, c'est un léger sur-risque. C’est important parce que c’est une première, mais c’est surtout une base pour de future recherches.

Des recherches qui sont en cours en ce moment ?

Absolument. La même équipe travaille en ce moment sur un nouveau panel beaucoup plus intéressant parce que les mères ne seront pas testées une seule fois, mais 40 pour mesurer leur degré réel d'exposition. Car c’est l’un des défauts de l’étude actuelle, on ne sait pas précisément de quoi on parle. Les résultats qui en découleront seront beaucoup plus solides mais sans garantie toujours. Il faut avoir conscience que sur ces sujets, on ne peut pas expérimenter sur l’humain. On n’a donc jamais de preuves, mais un faisceaux de présomptions, plus ou moins étayées. Ça dépend du nombre d’études, des corrélations qui seront faites avec des tests sur les animaux en laboratoire. Ce potentiel de risque, c’est ce qui sera pris en compte pour définir des politiques publiques. Est-ce qu’il faut interdire telle ou telle substance, le Triclosan par exemple ? C’est en débat et parce que c’est en débat, ce n'est pas anodin. Les groupes d’intèrêt, pros et antis, se heurtent. Même si la recherche sur cette molécule n’en est qu’à ses balbutiements. Vous trouverez toujours des gens pour affirmer, sur internet, en politique, ce que les études ne disent tout simplement que pas.