Les entreprises françaises ont-elles toutes externalisé leur ménage ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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François Ruffin affirme que toutes les entreprises ont externalisé leur nettoyage.

Vrai-Faux : coup de projecteur sur les femmes de ménage

Un projecteur braqué par Francois Ruffin, député de la France insoumise, sur le travail des femmes de l’ombre à l’Assemblée nationale. Son appel à revaloriser leur statut a soulevé une vague de louanges. Il dénonce des emplois, non pas de services, mais de servitude.

"Entre 6h et 10h du mat à raison de 20h par semaine, ça fait du temps partiel et des paies à moins de 1000 euros. C'était pareil à Radio France, c'est pareil dans toutes les entreprises".

Toutes les entreprises ont externalisé leurs fonctions de nettoyage. Vrai ou Faux ?

C’est sans doute exagéré : selon la Fédération européenne des industries du nettoyage, le taux de pénétration du marché dépasse 66%, mais on ne dispose pas de chiffres récents, ni précis pour la France. Cependant le chiffre d'affaire du secteur explose : il atteint 15 milliards d’euros dans notre pays, selon l’Insee, et le mouvement se poursuit, dans les administrations, les mairies, à l’hôpital : on externalise pour réduire les coûts. Prenons l’exemple de la mairie de Pamier, dans l’Ariège :  on n’a pas remplacé les agents d’entretien qui sont partis en retraite, et l’externalisation a permis de diviser par 3 les heures consacrées au nettoyage et d ?économiser 150.000. Pas parce que les titulaires travaillaient moins, mais parce qu’on ne pouvait pas étendre leurs horaires, qu’il fallait les remplacer quand ils étaient malades. Une société extérieure optimise.

Le problème, c’est que les salariés, (400.000 personnes travaillent dans ce secteur, dont 58% de femmes)  sont soumis à des horaires éclatés. Ils sont payés 2,4% au-dessus du SMIC horaire, 83% sont en CDI, et ils ont une garantie d’emploi (les clients doivent garder le personnel même s’ils changent de société de nettoyage).

En revanche, plus des deux tiers des contrats sont à temps partiel, et même en cumulant plusieurs engagements, près de la moitié de ces employés (47%) travaillent moins de 24 heures par semaine. Concrètement, cela veut dire une vie épuisante : arriver au travail à 6 heures du matin, nettoyer deux heures, repartir, et puis revenir le soir… La majorité des salaires ne dépassent pas 1.000 euros.

Est-ce que la solution serait de les réintégrer dans les entreprises ?

Pourquoi pas, mais cela aurait un coût, et l’État qui emploie plus de la moitié de ces agents de nettoyage n'en prend clairement pas le chemin.

Les syndicats eux, réclament d’autres mesures. D’abord, plus de contrôles dans certaines entreprises où les employés (la majorité n’ont pas de diplômes, un tiers sont étrangers) peinent à faire respecter leurs droits. Certains syndicats voudraient aussi que la convention collective du client s’applique, quand elle est plus avantageuse (intéressement, 13e mois…) que celle des agents de nettoyage.

Enfin il existe une autre piste, qui nous concerne tous : c’est de rendre enfin leurs horaires décents, en regroupant leurs heures en journée. Or cette mesure,  ce sont les CLIENTS qui la refusent. On ne veut pas, dans les bureaux, que quelqu’un passe l’aspirateur pendant qu’on est au téléphone, en train de travailler. C’est un vrai problème culturel, car en Suède ou en Finlande (ou tout est aussi externalisé), le nettoyage se fait presqu’exclusivement pendant les heures de bureau. Chacun accepte que l’agent de nettoyage a une vie personnelle, et que son travail ne vallant pas moins que celui d’un autre, il mérite qu’on se gêne tous un peu. Les résultats sont d’ailleurs positifs : personne n’envisage de revenir en arrière. De grandes campagnes de communication ont accompagné ce mouvement, pour forcer la prise de conscience, en Belgique notamment. La première en France est prévue à l’automne prochain.