Les ambitions pour la recherche d’Emmanuel Macron

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Les chercheurs se bousculent-ils pour venir en France ? Géraldine Woessner vous donne la réponse. 

 Le Vrai Faux, avec Géraldine Woessner, et les ambitions pour la recherche d’Emmanuel Macron.

Le président s’en est vanté dimanche à la télévision : il a débauché 18 chercheurs étrangers qui viendront travailler sur le climat en France. Première concrétisation de son appel aux cerveaux du monde entier à nous rejoindre, après le retrait des Etats-Unis de la Cop 21. 60 millions seront débloqués pour ces chercheurs, car il veut faire de la France le leader de la révolution environnementale. "On a décidé de mettre de l'argent en faisant venir des chercheurs du monde entier. 18 chercheurs, je l’ai annoncé hier, on a eu des milliers de candidatures. Ils veulent venir !"

Les chercheurs du monde entier se bousculent pour venir en France. Vrai ou Faux ? 

C’est plutôt faux, Patrick. On ne peut pas dire que la France attire particulièrement les talents. ni même qu’elle sache retenir les siens. Au contraire : ce qui ressort des différentes études conduites sur le sujet, c’est une lente érosion de nos forces vives. Pour le voir, il faut recouper différentes sources. C’est vrai que la France attire plus de diplômés du supérieur qu’elle n’en voit partir, selon l’INSEE. Son solde de matière grise, est donc positif. Mais ce n’est pas le cas pour les diplômes les plus prestigieux. Ceux de docteurs qui se consacrent prioritairement à la recherche. Parce que les postes sont peu nombreux. 15 000 docteurs ont été diplômés en 2013. Mais seulement 3600 postes, ont été ouverts, la même année, dans l’enseignement supérieur, les 8 agences publiques de recherche. CNRS, INRA. et c’est intéressant parce que, ces diplômés ont été suivis, on sait ce qu’ils sont devenus, 3 ans après, pour la première fois. 40% de ces nouveaux diplômés étaient étrangers. Les 2/3 sont rentrés chez eux ou sont allés travailler, ailleurs, dans un autre pays. Seuls un petit millier sont restés. Mais dans le même temps 1500 français sont partis eux aussi, pour trouver du travail.  et leurs motivations, qu’une autre étude de l’université de bourgogne a détaillées, elles sont claires. C’est le manque d’opportunité en France qu’ils ont fui. le taux de chômage des jeunes doctorants peut atteindre 8% selon les discipline, c’est le cas pour les chercheurs en environnement. Et surtout les emplois qu’ils trouvent sont précaires. 1 tiers des doctorants stagnent en CDD 3 ans après leur diplôme. la moitié seulement sont en CDI.

Donc ils vont voir ailleurs.

Il semblerait, même si on n’a pas de données précises, parce qu’au bout de 3 ans, la statistique perd leur trace. Combien finissent par revenir, on l’ignore mais, aux Etats-Unis par exemple, il y a en ce moment 3200 chercheurs français. Selon les statistiques du bureau du recensement. C’est autant que de chercheurs japonais dans leurs laboratoires. et les Français sont nombreux en Allemagne, en Grande-Bretagne, qui leur offrent des salaires annuels, pour démarrer, de 10 à 15.000 euros supérieurs. Ils leur ouvrent surtout la porte de leurs entreprises. car c’est l’autre problème en France. Notre propre système met en concurrence ces universitaires, et les étudiants des grandes écoles. Celles d’ingénieurs, de commerce, même. Et c’est dans ce vivier, qu’elles connaissent, que les entreprises préfèrent puiser. Sur 220.000 chercheurs en France, qui exercent en entreprise, seuls 12% ont un doctorat, on ne trouve qu’1% de spécialistes des sciences de la terre. Et dans l’ensemble de ces chercheurs Patrick, seuls 2% ont un diplôme étranger. Donc non, Patrick, on ne peut pas dire que la France attire ces talents. D’ailleurs les titres de séjours compétence et talents, créés pour les chercheurs sont délivrés au compte-goutte, on n’en a délivré que 196 l’an dernier. Et c’est ce qui agace les chercheurs auxquels j’ai parlé. Ils s’inquiètent  que le budget ne crée pas un seul poste dans la recherche publique l’an prochain, zéro. Et des montants trop faibles des dépenses des entreprises, en recherche et développement. Bien inférieurs aux efforts allemands. La France reste encore bien placée, mais son effort stagne, à moins de 2,4% du PIB. depuis trop longtemps.