Les aides sociales en France sont-elles inefficaces pour lutter contre la pauvreté ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Benjamin Griveaux affirme que si les aides sociales étaient efficaces, ça se saurait.

Vrai-Faux : cafouillage du gouvernement sur les aides sociales.

La semaine est sur le point de s'achever, et on n'a toujours pas compris ce qu'envisage de faire le gouvernement sur ce sujet sensible.  Il y aurait trop d’aides sociales en France, selon le ministre du Budget, Gérald Darmanin. Faut-il en supprimer, les remettre à plat ? Pour le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, la polémique n'a pas lieu d'être, car cela tombe sous le sens :

"Il y a neuf millions de personnes en situation de pauvreté en France. Si les aides sociales étaient efficaces, ça se saurait et ça se verrait et ça se verrait mieux que ça".

Si les aides sociales étaient efficaces, ça se saurait.

Cette déclaration est assez surprenante. Parce que les aides sociales, oui, sont efficaces, et non seulement ça se sait, mais ça se mesure. L'INSEE le fait chaque année, de façon précise, pour évaluer l’impact des politiques publiques. On regarde le niveau de vie des gens avant, et après ces mesures de redistribution. En 2016, le niveau de vie des 10% de Français les plus riches était 23 fois supérieur à celui des 10% les plus pauvres, avant  l’impôt et la distribution des aides. Après, l’écart se réduit à 5,7. Et les prestations sociales pèse pour 65% de la réduction de ces inégalités (beaucoup plus que l’impôt). Parmi les prestations qui ont le plus d’impact, les aides au logement représentent 17% du revenu des 20% des Français les plus pauvres, la prime d’activité et les minimas sociaux tout autant, 17%. Et ces aides sont plutôt bien ciblées, puisque c'est en France que la part de la population qui vit en état de très grande pauvreté, donc à 40% du revenu médian, est la plus faible d’Europe : 2,8%. Au seuil de 60% (qui est la définition du seuil de pauvreté), nous comptons quelque 9 millions de pauvres. C'est beaucoup trop mais, mais cela reste, en Europe, l’un des taux les plus faibles.

Les inégalités sont donc contenues, mais à quel coût ? Ne pourrait-on pas faire mieux, justement ?

Certaines aides peuvent être améliorées, c'est évident. Mais il faut comprendre de quoi on parle. La dépense sociale en France, pèse très lourd, 700 milliards d’euros. Mais ce total comprend les prestations de retraite (280 milliards), de santé (200 milliards), de chômage (40 milliards). Tous ces versements sont assuranciels, les Français cotisent pour. L’aide et les prestations sociales en espèces, de solidarité, représentent seulement 10% du total, 12,5% si l’on y ajoute les aides au logement.

C’est donc sur ce seul périmètre que le gouvernement parle d’agir, en tous cas pour l’instant. Certaines aides ne sont pas forcément bien calibrées. La prime d’activité, par exemple, profite aux travailleurs qui gagnent jusqu’à 1,3 SMIC (ses bénéficiaires ont un revenu d’activité moyen de 1.043 euros), et ce plafond pourrait être abaissé. Les étudiants touchent des aides au logement qui ne prennent pas vraiment en compte leurs ressources. Il existe des marges d’amélioration, mais au vu des montants, même si le gouvernement parvenait à créer une allocation unique, comme il en caresse l'idée, on ne peut pas vraiment en attendre de grandes économies (cela pourrait même coûter plus cher, si tous les Français qui ont droit à une aide y avaient effectivement recours), ni un bouleversement de l'ampleur de la pauvreté. En revanche, l’État pourrait retrouver, à court terme, un peu de marge de manœuvre pour boucler son budget en attendant que soient menées à leur terme les réformes structurelles, susceptibles d’avoir un impact plus massif sur la dépense, à commencer par celle des retraites.