Le ministère du Droit des femmes a-t-il perdu 30% de son budget ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Anne-Cécile Mailfert affirme que le ministère du Droit des femmes a perdu 30% de son budget.

Le Vrai-Faux avec l’égalité entre les hommes et les femmes, parent pauvre du gouvernement.

Marlène Shiappa a obtenu une rallonge très symbolique de son budget en 2018, alors qu’Emmanuel Macron a décrété l’égalité entre les hommes et les femmes Grande Cause Nationale, pour la durée du quinquennat. Des annonces qui ont tout d’un coup de communication, dénoncent les associations féministes qui demandent où est l’argent, comme Anne-Cécile Mailfert, de la fondation des femmes.

Anne-Cécile Mailfert : "Dans la dernière réduction budgétaire, le ministère du droit des femmes a perdu 30%, c’est la plus grosse baisse des budgets".

Le ministère du Droit des femmes a perdu 30% de son budget. Vrai ou Faux ? 

On n’en est pas loin même s’il faut replacer les choses dans leur contexte. Au mois de juillet dernier, alors qu’il découvre l’état dégradé des finances publiques, le gouvernement comprend que s’il veut rester en-dessous des 3% de déficit public en 2017, il lui faut d’urgence financer quelques mesures qui n’avaient pas été budgétées. Avec la recapitalisation d’Areva qui a été très mal gérée, le financement des opérations extérieures de l’armée et l’accueil des migrants, 200 millions manquaient. Il prend donc un décret discrètement, pour réaffecter trois milliards de crédits qui n'avaient pas pas encore été consommés. Tout le monde paie. L’armée, la Justice, la gendarmerie, les collectivités et 7,5 millions sont retirés au programme pour l’Égalité homme-femmes, soit très exactement 0,2% du total. Mais problème, cela représente en effet 25% du budget alloué pour l’année au secrétariat d’État, parent pauvre historique des politiques publiques. 

Madame Mailfert a raison de s’en indigner. Alors que ce budget ne représente que 0,007% des dépenses totales de l’État, il est constamment mis à contribution. En 2016 déjà, 15% du budget avait été retirés par des décrets similaires et personne n’en a parlé.

Mais ce budget va augmenter en 2018. C’est une grande cause nationale, maintenant, l’égalité.

Il augmente de façon très symbolique de 450 000 euros supplémentaires, c’est tout. Mais le gouvernement promet que, cette fois, tous les crédits seront consommés. Reste que moins de 30 millions pour promouvoir l’Égalité, lutter contre les violences, cela paraît dérisoire. À titre de comparaison, l’Espagne dépense trois fois plus. Le Canada, 14 fois, proportionnellement au nombre d’habitants et encore ce chiffre ne prend pas en compte les politiques locales.

Alors évidemment, d’autres ministères participent à l’égalité. La loi oblige le gouvernement à les recenser dans les documents budgétaires. Le problème c’est que ces documents sont très peu lisibles. 317 millions seraient affectés en tout cette année à l’égalité homme femme, mais qu’est-ce que ça recouvre 86 millions, par exemple, dans les politiques de la ville ? À quoi ça sert ? On ne sait pas ! Les associations soupçonnent un cache misère. Quand on regarde d’ailleurs les montants affectés en 2014 par la réserve parlementaire, c’est éclairant. 530.000 euros de subventions pour l’égalité homme-femme, à peine plus que pour les clubs de basket. Le Haut conseil pour l’Égalité pointe un vrai problème de culture qui n’est toujours pas réglé pour l’instant. La seule promesse sonnante du gouvernement à ce jour, ce n’est pas d’augmenter mais de sanctuariser le budget.