La SNCF manquerait de conducteurs

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Selon Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, la SNCF manque de conducteurs. C'est vrai.

Et le vrai faux de l’info ce matin sur la SNCF qui manquerait de conducteurs de trains.

C’est Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT qui l’affirme, il était ici même sur Europe 1 mardi, au micro de Patrick Cohen.  

Philippe Martinez sur Europe 1 : "Il faut plus d’emploi, pour entretenir les voies, pour conduire les trains, vous vous rendez compte qu’aujourd’hui des trains sont annulés par manque de conducteurs c’est proprement scandaleux"

Et donc Salomé, la SNCF manque de conducteurs c’est vrai ?

Absolument, à l’heure actuelle la SNCF compte 14.000 conducteurs de trains et il en manque plusieurs centaines. Ça a bien un impact sur la circulation. A plusieurs reprises ces dernières années la SNCF a été contrainte à des suppressions pures et simples de TER en heures creuses sur quelques semaines. Elle affirme que ça s’améliore mais il reste plusieurs zones tendues : l’Ile-de-France, les Hautes de France, ou les régions : Grand-Est, Auvergne-Rhône-Alpes et Provences Alpes-Côte d’Azur.

Mais cette pénurie, comment ça s’explique?     

Parce que la SNCF n’a pas bien anticipé les départs en retraite et n’arrive pas à combler l’appel d’air car le recrutement est très laborieux. D’après la Fédération générale autonome des agents de conduite, l’entreprise reçoit un peu plus de 90.000 CV par an mais seulement 1% arrivera au stade de la formation.

Le premier gros écrémage a lieu dès les réunions d’informations sur le métier. Etre conducteur de train, c’est dormir 3 jours par semaines hors de chez soi, et même une nuit sur deux pour certains conducteurs de TGV, c’est aussi n’avoir que 12 week-ends complets par an ou encore ne pouvoir partir en vacances en juillet-août qu’une fois tous les 5 ans. Alors, même si le salaire débutant est plutôt confortable par rapport à la moyenne française, 2.200 euros mensuels toutes primes incluses, ces conditions font fuir de nombreux candidats. En général sur une salle de 300 personnes, il n’en reste plus qu’une dizaine quand la présentation s’achève.

Et ensuite ?

Ensuite viennent les tests psychologiques et médicaux, nouveau tamis. Les contrôles de la vision, de l’audition, ou du cholestérol par exemple, sont extrêmement contraignants et les nouvelles générations échouent notamment sur deux points : les tests d’audition, ils ont l’ouïe affaiblie par la consommation de musique partout et parfois trop fort, or c’est très important car la conduite d’un train est ponctuée par de nombreux signaux sonores pour contrôler l’attention notamment. Autre motif d’échec de plus en plus fréquent : le contrôle positif au cannabis.

Et c’est pas parce qu’on arrive jusqu’à la formation qu’on en sort conducteur.

Et non la formation dure 180 jours et comporte une importante partie théorique, pour laquelle il faut apprendre un genre de code de la route pour le rail : signalisations, connaissance de la machine, du moteur. 7 tomes, plus de 1.000 pages, extrêmement denses. Il n’y a que 70% de réussite à l’issue.  Du coup même si les centres de formations sont bondés ça ne compense toujours pas le manque d’effectif. La SNCF tente donc d’attirer de nouveaux profils avec des méthodes de recrutements différentes, l’an dernier elle proposait à ses conducteurs franciliens de parrainer une recrue, avec un chèque cadeau de 50 euros à la clef, si elle était embauchée à la fin. Depuis deux ans elle a aussi ouvert un MOOC c’est à dire une formation en ligne pour aider à se projeter dans le métier.