La privatisation du rail britannique a-t-elle eu des conséquences dramatiques ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Selon Florian Philippot, la privatisation du rail britannique a eu des conséquences dramatiques. C'est faux. 

Le vrai faux de l’info avec vous Salomé Legrand bonjour. Aujourd’hui les craintes de privatisation de la SNCF et la comparaison avec nos voisins britanniques. 

Oui à la tête de son nouveau mouvement Les Patriotes, Florian Philippot ne veut pas qu’on touche au service public des transports. Il l’a dit hier sur France info, si l’on en croit l’expérience britannique la privatisation va avoir des conséquences dramatiques

"Ça a été fait aux Royaume uni où ils veulent revenir en arrière, il y a eu une multiplication des accidents, des prix qui ont augmenté, de la vétusté."

Alors Salomé, la hausse des prix, des accidents en cascade, vrai ou faux ?

Faux pour les accidents, cet argument de la sécurité en baisse sur le rail au Royaume Uni est une marotte des opposants à la privatisation de la SNCF.  Un argument erroné donc. Alors, il y a bien eu plusieurs accidents spectaculaires juste après la privatisation de British Rail au milieu des années 90, notamment un faisant 31 morts en octobre 1999. Un accident qui aurait pu être évité si un système automatique de freinage avait été installé mais les actionnaires l’avaient jugé trop cher et rejeté, d’où une polémique sur la privatisation.

Mais sur le long terme, on observe bien plus d’accidents en France qu’au Royaume-Uni. D’après l’agence européenne du rail, il y a eu 150 accidents significatifs en France en 2015 contre moins de 50 au Royaume-Uni, et moitié moins de décès chez nos voisins britanniques. Même rapporté au nombre de passagers transportés par km de rail, les sociétés ferroviaires britanniques là encore déplorent moitié moins d’accidents graves que la SNCF.

Mais alors Salomé, les passagers anglais sont satisfaits ?

Oui plutôt, à 81% si l’on en croit une étude du gouvernement britannique.  Mais l’on constate que tous les indicateurs sont au mieux stables, voire en baisse sur un an, absolument tous. Avec un point de crispation, point sur lequel Florian Philippot a raison, c’est la hausse des prix.  Les tarifs ne cessent de grimper, ils ont même explosé. Certains billets sont trois à quatre fois plus chers qu’il y a 20 ans hors inflation. Ils dépassent les 10.000 livres sterling, 11.000 euros pour un abonnement annuel ! C’est simple, la Grande-Bretagne est le 2eme pays européen le plus cher sur les trajets en train, juste derrière la Suisse.

D’après les syndicats, aujourd’hui les britanniques dépensent en moyenne 15% de leur revenu dans les transports. On est plutôt autour de 3% en France. Au Royaume-Uni certains employés demandent carrément des prêts à leurs entreprises pour pouvoir payer leur abonnement annuel. 

Et donc l’idée d’une renationalisation gagne du terrain.

Oui, d’autant plus que l'Etat britannique subventionne déjà largement les 25 compagnies ferroviaires qui opèrent sur le territoire. 4,6 milliards d’euros sont versés chaque année à ces sociétés privées ! D’après les sondages les plus récents, près de 6 britanniques sur 10 sont favorables à la renationalisation.