La France est-elle championne du monde de la grève ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Des études affirment que la France est championne du monde de la grève.

Vrai Faux : la France est-elle championne du monde des grèves ?

C'est ce qu’affirmait une étude de la fondation allemande Hans Böckler en 2016, et c’est aussi l’image que les Français entretiennent d’eux-mêmes et répercutent à l’étranger. La France serait championne du monde en matière de conflits.

"Pourquoi la France est-elle championne du monde de la grève ? (...) En moyenne en France, hors fonction publique, on compte 132 jours de grève pour 1.000 salariés, contre 124 au Danemark"

La France est championne du monde de la grève. Vrai ou Faux ?

Cela semble plutôt faux, même si l’on ne peut pas apporter de réponse claire car cela dépend des années ; L'étude dont on parle ici se base sur des statistiques officielles et des déclarations de syndicats, mais comme personne ne compte la même chose, rien n'est comparable : les chiffres de la France ne portent que sur le privé, l’Espagne exclue les grandes grèves générales, et Au Danemark, on ne compte pas les conflits qui provoquent moins de 100 jours de travail perdus ( une entreprise de 99 salariés en grève une journée ne sera pas comptée). On ne prend pas en compte, non plus, les débrayages d'une heure, de plus en plus courants... BREF : c'est le grand flou. Et selon les années, le podium évolue : la France est donnée championne sur la période 2005-2015, mais le même institut, en 2007-2016, place le Danemark en tête, et  le Canada se place au premier rang dans les années récentes. Enfin dans 10 jours le Danemark s'apprête à vivre un énorme mouvement de grève : plus de la moitié des fonctionnaires du pays seront au chômage technique le 10 avril, dans l’attente qu’un accord sur leurs salaires soit trouvé. Donc oui, la France est souvent en grève, mais elle n’a pas l’apanage des conflits.

Est-ce que les mouvements sociaux s'amplifient ?

Non, c'est une autre idée reçue : l’intensité des grèves tend à diminuer avec l'éclatement des structures de l’économie, le boom des CDD. Alors qu’on recensait dans le privé, avant 2010, autour de 130 à 150 jours de travail perdus pour 1000 salariés à cause de la grève, la moyenne est tombée autour de 60, 70 (69 jours en 2015). Et c’est aussi vrai dans le secteur public (88 journées de travail perdues pour 1000 salariés en 2015) :  Alors qu’on a recensé plus de 8 millions de jours perdus à cause de grèves sur la période 2000-2005, il y en a eu à peine plus de 2 millions, donc 4 fois moins, entre 2011 et 2016.

En fait, ce qui brouille notre vision, c’est qu’on fonctionne par pics. Il y a des flambées de grèves au moment de grandes réformes, comme les retraites en 2010. Et certains secteurs restent plus actifs, comme les transports, et c'est compréhensible : c'est un secteur attaqué par la concurrence, le développement du low-cost, et comme les salariés y sont trois fois plus syndiqués que les autres, mieux organisés, ils se mobilisent. La SNCF, en 2015, a recensé 647 jours de grève pour 1000 salariés.

Les grèves ne sont pas plus nombreuses, mais elles sont très visibles. Est-ce qu'on peut parler de culture de la grève ?

Oui. Il y a cette culture en France, qui découle de choix historiques. Quand le Nord de l’Europe a fait le choix de la régulation, en co-gestion avec les syndicats, la France a opté pour l’affrontement : on établit d'abord le rapport de forces, et le droit de grève est inscrit dans la Constitution, on négocie ensuite. Mais il faut aussi se rappeler que dans plusieurs pays d’Europe du Nord, souvent cités en exemple, ce n’est pas le gouvernement qui écrit le droit social, qui découle d'accords collectifs. La France, elle, conserve ce mode vertical, centralisé de prise de décisions (même si cela évolue) qui rend plus souvent nécessaires de grandes mobilisations, au niveau national. Cela explique aussi qu’elles restent relativement bien perçues par l’opinion publique.