La consommation de tabac baisse-t-elle à chaque fois que les taxes augmentent ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Richard Ferrand affirme qu'à chaque fois que les taxes sur le tabac augmentent, la consommation baisse.

Questions autour de la hausse des prix du tabac.

Une hausse importante programmée sur trois ans, qui va peser sur le budget des fumeurs. Pour Richard Ferrand, le patron des députés En Marche à l’assemblée, cette fiscalité comportementale est une nécessité.

"À chaque fois qu’on augmente la fiscalité sur la cigarette, la consommation baisse"

À chaque fois qu'on augmente le prix du tabac, la consommation baisse. Vrai ou faux ?

C’est faux. Même si les hausses ont eu, c'est indéniable, des effets positifs, ces dernières années, les données dont on dispose contredisent l’analyse de Richard Ferrand. Depuis 2000, le prix du paquet de cigarettes a augmenté de 120% en France, il est passé de 3,2 euros à 7 euros. Les ventes officielles de tabac ont fortement reculé sur la même période (on vend 28 milliards de cigarette en moins chaque année), mais la consommation n'a pas baissé : la France comptait 33% de fumeurs il y a 17 ans, le taux est aujourd'hui de 34,5%.

La prévalence du tabagisme a donc augmenté, même s’il y a davantage de fumeurs occasionnels, et qu’on fume en moyenne moins de cigarettes par jour. Les Français sont devenus les vice-champions d'Europe du tabac, juste après les Grecs. En réalité, la seule fois où la consommation a vraiment baissé après une hausse de prix, c’était en 2003-2004, quand le plan Cancer a été lancé. Le paquet a flambé de 40% en 14 mois à l’époque, une hausse massive dont on a vu les effets. Mais ensuite, les augmentations se sont étalées dans le temps (5% par-ci, 10% par-là) et la consommation a remonté.

Cette fois le paquet va passer à 10 euros, c’est massif.

Cela représente en effet plus de 40% de hausse, mais étalée sur 34 mois, pas sur 14. Il reste donc difficile d'en prévoir les effets.

Car il faut se rappeler une autre donnée, que montrent les enquêtes annuelles de santé publique :  le tabagisme a régressé chez les jeunes, on sait que l’effet prix joue sur eux, ça retarde ou prévient l'entrée dans le tabagisme. Mais chez les chômeurs par exemple, il a augmenté de 9 points depuis 2000, de 8 points chez les moins diplômés, et la consommation des Français qui ont les revenus les plus faibles n’a cessé d’augmenter, en dépit du prix. Cela nous apprend deux choses. D’abord que le coût n'a pas d’impact sur les personnes les plus en difficulté, celles qui trouvent du réconfort dans le tabac, c’est pour elles un produit de première nécessité. Ensuite qu'il faut prendre avec précaution les études sur l'effet de cette fiscalité comportementale. Elles ont été conduites, souvent, au Canada, ou en Angleterre. Des pays qui ont, géographiquement, des accès restreints aux marchés parallèles. Or c'est un problème majeur en France, où les ventes des buralistes dégringolent, mais pas la consommation, puisqu’on se fournit ailleurs. Soit aux frontières, où partout le paquet de cigarette est d’ores et déjà moins cher (5 euros en Espagne ou en Italie, 5,5 euros en Allemagne…) Soit au marché noir, avec des produits qui arrivent d'Algérie, des pays de l'Est. Ce marché parallèle pèse entre 20 et 28% de la consommation totale, selon les estimations, qui restent sans garantie : le gouvernement n'a jamais fait d’enquête.