Il y a-t-il un lien direct entre la scolarisation dès deux ans et la réussite ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Benoît Hamon affirme qu'il y a un lien direct entre la scolarisation dès deux ans et la réussite.

Le Vrai Faux de l’info avec les ambitions scolaires de Benoît Hamon.

Le candidat socialiste a détaillé hier son programme sur l’école où il veut se démarquer : 400 millions d’euros financeront l’aide aux devoirs, les primes des enseignants seront doublées et des recrutements programmés pour mettre le paquet sur les tout-petits, avec un droit à la scolarisation dès deux ans.

Benoît Hamon : " Plus la scolarisation est précoce, plus les élèves qui sont d’origine sociale modeste ont de chance de réussir, il y a un lien direct entre la réussite des élèves en primaire et la date de leur scolarisation".

Il y a un lien direct entre la scolarisation dès deux ans, et la réussite, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est faux. Cela fait partie de ces mythes entretenus pour soutenir une politique, celle du gouvernement en l’occurence qui a déjà lancé un plan pour renforcer la scolarisation des tout-petits. Benoît Hamon veut le continuer. Or, que disent les études sur lesquelles il s’appuie ? L’Insee a suivi, sur une longue période, des enfants entrés à deux ans à l’école, jusqu’à la sixième. Au début c’est efficace. En CP, les enfants ont un meilleur niveau que les autres, entrés plus tard mais l’avantage s’estompe avec le temps. Les déterminants sociaux et économiques reprennent leurs droit et en sixième, le gain a quasiment disparu. L’écart de résultats est de seulement quatre points dans les tests de niveau. Et pire, pour les enfants d’orgine modeste, donc le public visé, il est inexistant. Aux tests de mathématiques, les enfants d’ouvriers ou de chômeurs entrés à l’école à deux ans, ont seulement un point de plus que ceux du même milieu entrés un an plus tard. Dans les Zep, les zones d’éducation prioritaires, c’est pareil, il n’y a aucune différence. Certes, ces enfants redoublent un tout petit peu moins que les autres, c’est le seul avantage.

Même l’OCDE recommande cette scolarisation précoce.

Parce que l’OCDE parle d’enfants plus vieux de trois à quatre ans, rarement scolarisés dans le monde occidental. Mais la France fait figure d’exception : 100% des enfants de trois ans y sont scolarisés depuis des années, depuis 1994. Et c’est une bonne chose parce que là, oui, on voit une vraie différence avec les enfants qui ont commencé à quatre ans, 10 à 15 points d’écart. Alors pourquoi vouloir à toute force scolariser les tout-petits ? Il y a deux explications :
La première, c’est que les enfants étrangers, ou d’origine immigrée, en tirent avantage.. Les études le montrent, ils ont plus de temps pour s’imprégner de la langue, or leurs parents les scolarisent peu aujourd’hui à deux ans, deux fois moins que les petits francophones ou français.
Et puis l’autre explication est économique. Il manque aujourd’hui 300 à 400.000 places d’accueil pour la petite enfance. Or combien coûte une place de crèche ? 14.000 euros, selon la CNAF. Une place en maternelle, c’est un peu plus de 6.000, donc c’est aussi une façon de faire des économies.