Glyphosate : comment effrayer la ménagère en détournant une étude pourtant rassurante

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Oui, il y a du glyphosate dans nos assiettes, mais est-ce vraiment dangereux ? 

Le Vrai-Faux de l’Info, avec vous, Géraldine Woessner. Et cette information anxiogène entendue partout vendredi : il y a du Glyphosate dans nos assiettes.

Oui, panique au petit déjeuner. L’ONG Génération Futures, qui milite contre les pesticides, a trouvé des traces de Glyphosate, ce désherbant le plus vendu dans le monde, dans plus de la moitié de 30 produits alimentaires qu’elle a analysés, l’information a été reprise partout et relayée par les membres de l’ONG invités des plateaux télés. Nadine Lauverjat est membre de Génération Futures : "On a retrouvé plusieurs milliers de microgrammes dans certains des échantillons analysés. Ce n'est pas anodin, ça fait partie des niveaux relativement élevés. Dans l’eau de boisson, on ne tolère que 0,1 mg de pesticides. Là, on a jusqu’à 2.000 mg dans les échantillons."

Jusqu'a 2.000 micro-grammes de pesticides dans certains aliments, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est vrai, Patrick, le problème c’est que personne ne sait ce que ça représente, 2000 micro-grammes, et que la comparaison que fait madame Lauverjat est fumeuse. Car le seuil légal toléré dans l’eau, est un seuil purement réglementaire, qui ne repose sur aucun critère de dangerosité. Et pour cause : on l’a fixé dans les années 70, sans se baser sur la moindre étude, avec l’idée que les pesticides n’étant pas un constituant naturel de l’eau, ils n’avaient rien à y faire.

Pour évaluer la dangerosité d’un produit, il faut regarder d’autres seuils, vraiment liés à la santé.  Pour le glyphosate : la dose journalière autorisée, c’est la dose qu’on peut manger tous les jours, toute sa vie, sans qu’il n’y ait aucun risque pour la santé.

Pour comprendre ce que ça représentait, ces 2.000 micro-grammes, j’ai donc sorti ma calculette: les lentilles, par exemple, qui contiennent 2.100 microgrammes de glyphosate par kilo. Et bien il faudrait que j'en mange 8.5 kg, tous les jours, toute ma vie pour atteindre la dose journalière autorisée, donc 21 kilos de lentilles cuites. Sachant qu’un français consomme, en moyenne, 1.700 grammes de lentilles par an, voyez que le risque est mince. Même calcul avec les céréales, il faudrait que j'avale 160 paquets de la marque testée, tous les matins, et une tonne de pâtes, pas moins, tous les jours. Sachant qu’avec ça, ma santé ne serait pas en danger. Puisqu’on applique au glyphosate un facteur 100 de sécurité pour fixer la dose journalière, établi en fonction des tests sur les animaux. Donc rassurez-vous, 2.000 micro-grammes, ça fait peur, mais personne ne mourra ce matin.

Mais c’est l’accumulation de petites doses que dénonce l’ONG. Parce que le glyphosate est cancérogène.

C’est le débat qui oppose depuis des années les ONG environnementales, et les autorités, même la communauté scientifique est divisée. Parce que le risque de cancer du glyphosate a été jugé peu probable par l’Organisation mondiale de la santé, l’ONU, les autorités européennes, Mais, un rapport du centre international de recherche sur le cancer (CIRC), qui est une émanation de l’OMS, le classe au contraire comme cancérogène probable à cause d’études, qui ont montré, à hautes doses, l’incidence de cancers sur des rats. Cet organisme, est critiqué car il ne prend pas en compte les doses, ni le degré d'exposition des individus. Il classe la viande rouge par exemple comme cancérogène.

Concernant l’accumulation de glyphosate, un autre seuil réglementaire existe pour l’éviter : la limite maximale de résidus, qui fixe, pour chaque aliment, la limite à ne pas dépasser, en fonction d’études sur les habitudes alimentaires des gens. Elles sont évidemment discutables, et contestées. Il faut noter quand même que les produits testés par Génération Future sont tous très en-dessous de cette limite réglementaire.

Pourquoi un tel battage s’il n’y a rien de nouveau ?

Les ONG jouent leur rôle d’alerte. Dans quelques semaines la commission européenne doit se prononcer sur l’avenir du Glyphosate en Europe. Faut-il renouveler son autorisation, pour 10 ans, ou au contraire l’interdire. La France est sur cette position, et si les lobbies de l’industrie agrochimique sont très mobilisés, avec un enjeu financier qui est considérable, les lobbies environnementaux, ne sont pas en reste et cette étude, très anxiogène, en est la marque. Une méthode pas très honnête, dans un débat crucial.