Faut-il sept à neuf ans pour rebondir après l'échec de son entreprise ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Emmanuel Macron veut bâtir une "start-up Nation", développer la culture d’entreprise. Pour cela un plan d’action pour la croissance et la transformation de l’entreprise, le PACTE, sera présenté au printemps, dont l’'un de ses objectifs sera d’aider les entrepreneurs à rebondir après un échec. Car selon la députée LaREM Olivia Grégoire, responsable de ce dossier, ils seraient, en France, trop stigmatisés.

"On met 7 à 9 ans à se relever d’un échec entrepreneurial en France, on met 1 à 2 ans en Europe du Nord."

C’est faux. Ce chiffre est en réalité très ancien : la Commission Européenne l’avait estimé en 2011 sur des données… de 2004. Il représentait, à l’époque, le temps moyen qu’il fallait pour qu’une procédure de liquidation soit complètement finie, les créanciers payés, la personne en faillite totalement libérée. Mais ce chiffre n’est plus du tout valide, car une série de réformes ont été adoptées.

La Commission a refait une étude récemment : le temps moyen pour pouvoir rebondir est désormais de 15 mois en France, contre 32 mois en Finlande. Le ministère de la Justice, dont le périmètre diffère, avance un autre chiffre : en 2016, selon la Chancellerie, il a fallu 31,2 mois en moyenne pour tourner définitivement la page, tout type d’entreprises confondu. C’est le délai qu’il faut, en France, pour pouvoir rebondir.

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La France se situe aujourd'hui dans la moyenne européenne. On le doit à une série de réformes. Le statut d’auto-entrepreneur a été créé, l’indicateur 040 qui fichait les chefs d’entreprises en faillite à la Banque de France a été supprimé en 2013, et les procédures de liquidation assouplies. Depuis 2014 notamment, deux nouvelles procédures existent : la sauvegarde accélérée, et le rétablissement professionnel, qui permet aux entrepreneurs de bonne foi, d’effacer leurs dettes au bout de quatre mois s’ils n’ont plus de ressources, et n’ont employé personne récemment. La statistique en a été bouleversée, car sur 60.000 faillites enregistrées chaque année, près de la moitié sont impécunieuses, et 20.000 ne comptent aucun salarié. La procédure bien sûr, est plus longue pour les plus grandes entreprises.

Pourquoi faire une nouvelle loi ?

Parce que tout ne va pas bien. La procédure de liquidation est une chose… Mais il ne suffit pas d’être libéré de ses dettes pour pouvoir rebondir. De nombreux points noirs subsistent : le fait qu’un dirigeant doive souvent se porter caution personnelle, par exemple (s’il échoue, c’est sa vie qui est ruinée), ou le fait que les banques refusent de lui prêter de l’argent. Et c’est là qu’intervient le facteur culturel : ce ne sont pas les Français, qui sont frileux, ce sont les banquiers, qui rechignent à soutenir une entreprise en redressement, ou le projet de quelqu’un qui a déjà échoué.

Selon les derniers baromètres, plus de  60% de ceux qui ont échoué une fois sont prêts à se relancer, mais ils ne trouvent pas toujours de financement. C’est totalement différent, aux États-Unis, où l’échec entrepreneurial est perçu comme un atout. Les leviers d’action existent : à la fois réglementaires, pour inciter les banques à se secouer un peu, et dans l’éducation… Les français sont parmi les plus mal formés à la culture d’entreprise dans le secondaire, et l’entrepreneur a mauvaise réputation : la France pointe au 57ème rang sur 66 pays dans le Global Entrepreneurchip Monitor. C’est précisément ce que cette loi veut changer.