Existe-t-il une statistique fiable concernant les actes antisémites ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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François Pupponi affirme qu'il n’existe aucune statistique fiable concernant les actes antisémites.

Vrai-Faux : le grand flou des chiffres de l’antisémitisme.  

Après l’agression d’un enfant parce qu’il portait une kippa cette semaine, le gouvernement reconnaît la montée d'une nouvelle forme d’antisémitisme violent et brutal. Mais on est incapables de la mesurer, dénonce l’ancien maire de Sarcelles François Pupponi.

"C'est la communauté juive qui fait ses propres statistiques, il n'y a pas, quand on porte plainte, de case pour dire que c'est un acte antisémite"

On ne sait pas recenser les actes antisémites. Vrai ou faux ?

C’est vrai. Car en réalité, on ne les compte pas. Il est interdit, en France, de traiter des données qui font apparaître les opinions religieuses ou l'origine ethnique des personnes : la loi s'y oppose depuis 1978. Or une agression antisémite, ou antimusulmane, révèle la religion de la victime. Du coup, quand une plainte est déposée, elle comprend peu de détails. L'agent précise le caractère raciste ou discriminatoire de l’infraction, et depuis 2016 seulement, s’ils le souhaitent, les policiers peuvent renseigner un champ de mobile apparent, "antisémitisme" (pas les gendarme), mais au stade du dépôt de la plainte, ils ne le font quasiment jamais.

D’où viennent donc les statistiques que le ministère a publiées cette semaine ? Et bien des associations juives et musulmanes,  qui établissent leurs propres données, et les recoupent ensuite avec les services de renseignement. Tout ce monde se rencontre, compile les plaintes enregistrées, les faits rapportés, et les classe entre actes antisémites, antimusulmans, ou autres… C'est très consensuel, permet de déceler une tendance (à la hausse ou à la baisse), mais cela n’a aucune valeur statistique, et ne décrit même pas la réalité.

Mais la connaît-on, cette réalité ?

Non. On n'en a qu’une vague idée. Selon les chiffres publiés cette semaine, il y aurait eu l'an dernier 950 actes haineux, et 1.128 en 2016. Mais selon le service statistique de la sécurité intérieure, 9.500 infractions à caractère raciste ont été entrées dans les logiciels de la police et de la gendarmerie en 2016, soit près de 10 fois plus (en encore, on ne parle que des procédures transmises aux parquets).

Pour compenser cette absence de données, on tente des enquêtes de terrain. Mais les établissements scolaires, qui sont censés rapporter les faits, ne le font presque jamais. Et l'enquête de victimation que conduit l'Insee chaque année ne distingue pas les actes antisémites des autres formes de racisme.

Quant aux chiffres que publie la Justice, on ne peut pas les recouper avec ceux de la police : leurs logiciels sont incompatibles. Donc pour résumer : on ne sait pas combien il y a d'actes antisémites, et on est incapable de retracer ce qui se passe après un dépôt de plainte : sera-t-elle classée, traitée, l’auteur sera-t-il condamné, à quelle peine ? On l’ignore. Dans la lutte, précisément, voilà où on en est.

C'est troublant, car si l'on s'en tient aux seuls chiffres publiés cette semaine par le ministère de l’Intérieur, les Juifs seraient (proportionnellement à la taille des communautés) 14 fois plus victimes d’actes violents que les Musulmans, 45 fois plus victimes de menaces. Il paraît difficile de lutter contre un fléau qu'on mesure mal, et dont certains peuvent contester la réalité. C'est ce que dénonce François Pupponi : il plaide pour l’autorisation de statistiques ethniques (comme le réclame, d’ailleurs, le Conseil de l’Europe), qui mettraient fin au fantasmes.