Emmanuel Macron s'est-il arrangé avec la vérité lors de son interview ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Syrie, ISF, loi asile et immigration, Géraldine Woessner passe en revue l'interview du Président sur BFMTV et Mediapart.

Le Vrai-Faux, Géraldine Woessner. Et les petits arrangements d’Emmanuel Macron avec la vérité.

En trois heures d’interview, le chef de l’État a voulu convaincre du bien-fondé de sa politique. Quitte à tordre les faits parfois, sur les sujets qui dérange, ou qui font polémique. Car il est entendu qu’un argument massue convainc mieux, souvent, que la subtilité. Première carabistouille, donc, sur l’intervention en Syrie.

Emmanuel Macron : "La résolution 21-18 rappelle l’interdiction de l’usage d’armes chimiques qui prévoit l’utilisation de la force. Nous avons agi dans le cadre strict de la légitimité internationale."

La France a agi dans le cadre strict de la légitimité internationale. Vrai ou Faux ?

Cela sonne sérieux. Mais ça ne veut rien dire: La légitimité internationale, est un concept, rien de plus. Le seul cadre strict qui existe, c’est celui du droit. Or ces frappes ne le respectent pas : depuis 1945, seules 3 situations peuvent justifier des frappes militaires : à la demande du pays concerné, c’est pourquoi la Russie peut agir en Syrie, en cas de légitime défense, ce n’est clairement pas le cas pour la France, et sous mandat de l’ONU, dans le cadre du chapitre 7 qui autorise l’emploi de la force. La résolution que cite le président prévoyait bien cette option, en 2013, au cas où les syriens garderaient des armes chimiques. Mais la preuve apportée devait être solide, le conseil de sécurité se prononcer. Cela n’a pas été le cas ici, en grande partie parce que la Russie a bloqué les enquêtes. Il n’empêche, le droit international n’est pas plus respecté ici, qu’il ne l’était en Irak, en 2003. D’où l’invocation de ce concept de légitimité dangereux quand même. Au nom de la morale, qui n’est pas la même pour tous. On s’affranchir du droit.

Autre sujet sensible pour le président : la transformation de l’Impôt sur la fortune.

Présentée, non pas, comme un cadeau aux riches, mais comme un investissement. 

Emmanuel Macron : "Nous avions des centaines de milliers d’entrepreneurs qui vendaient leur entreprise parce qu’on les taxait de l’ISF et qui s’en allaient."

C’est faux. Et les rapports annuels de Bercy contredisent totalement cette analyse : 754 contribuables assujettis à l’ISF ont quitté la France en 2015, ils étaient 750 l’année précédente. Ils représentent une ridicule proportion de ceux qui acquittent cet impôt, 0,2% (340 000). Un seul chiffre se rapproche des proportions qu’évoque monsieur marron : celui des expatriés entrepreneurs : 150 000 entreprises ont été créées par des français à l’étranger, mais rien ne dit qu’ils ont fui l’ISF. Souvent, ils sont allés chercher des opportunités, des marchés et rien ne dit non plus que la réforme les fera revenir : car d’autres impôts, qui pèsent bien plus lourd que l’ISF, comme les droits de succession, la taxe foncière, les droits d’enregistrement, de partage. ne vont eux pas bouger. A noter que rien non plus n’oblige les bénéficiaires de la nouvelle flat tax à réinvestir leur argent dans l’économie. Ils pourront toujours le placer à l’étrenner.

Dernière imprécision sur la loi asile et immigration, qui arrive ce soir à l’Assemblée.

Face à Edwy Plenel, qui regrettait le traitement par visio-conférence des demandeurs d’Asile, le président s’est insurgé :

Emmanuel Macron : "Ce que vous dites est faux ! Le demandeur d’Asile sera toujours face à l’OFII et l’Ofrpra, ce sera jamais un écran, c’est faux."

Et pourtant non, c’est vrai. Certains demandeurs d’asile effectuent déjà leur entretien devant un écran, dans un cadre définit d’ailleurs par décret en septembre 2015 : les étrangers placés dès leur arrivée par exemple, dans une zone d’attente, ou qui sont en rétention peuvent demander l’asile et faire leur entretien par visio-conférence. L’OFPRA a agréé plus de 180 sites pour cela, la zone d’attente d’Orly, la quasi-totalité des centres de rétention. Cela existe. Et en cas de rejet de la demande d’Asile, le recours déposé devant la cour nationale de Justice peut aussi être traité dans ce cadre. 4 salles ont déjà été aménagées pour cela. Aujourd’hui le demandeur d’Asile peut s’y opposer, exiger une audience devant le juge. La loi prévoit de lui retirer cet accord préalable. essentiellement pour réduire les délais, et le coût des transferts.