Dominique Méda : "En Allemagne, le taux de pauvreté des salariés est de 23%, contre 8% en France"

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Faux, ce chiffre correspond au pourcentage de salariés allemands dont le salaire horaire brut est à 40% en dessous de la médiane.

Le Vrai-Faux de l’Info, avec la sociologue Dominique Méda qui se penche sur le code du travail.

L'ancienne conseillère de Benoît Hamon a lu les ordonnances du gouvernement et elle y voit une "idéologie de la flexibilité", dont on mesurerait mal les conséquences. "En Allemagne, le taux de pauvreté des salariés est de 23%, contre 8% en France.C’est énorme 23% !", a-t-elle déclaré.

23% de travailleurs pauvres, c’est énorme..

Ce qui est énorme, c’est à quel point c’est faux… Il n’y a pas 23% de travailleurs pauvres en Allemagne ! Dominique Méda s’empêtre dans les chiffres : ce 23% dont elle parle, c’est la part des salariés allemands dont le salaire horaire brut est à 40% en dessous de la médiane, ce qui est la définition d’un petit salaire. Cela signifie que ces salariés gagnant 10,5 euros de l’heure en Allemagne ; en France, c'est 10 euros.

Ces chiffres datent de 2014, donc avant qu’un salaire minimum soit mis en place outre-Rhin. Et ils n’ont rien à voir avec la pauvreté qui ne se mesure jamais, par rapport au salaire. Car les salaires ne disent rien des impôts qu’on paie ni des prestations sociales qu'on reçoit…

Le taux de pauvreté, on le calcule par rapport au niveau de vie. Le seuil est fixé à 60% du niveau de vie médian dans un pays donné. En Allemagne, 9,7% des salariés sont pauvres selon cette définition. En France, ils sont 7,5%. La différence n’est pas de 15 points, mais de deux.

Donc la proportion de travailleurs pauvres est à peine plus élevée qu’en France ?

Oui, même si ça ne veut pas dire que la situation soit rose. Les mini-jobs en Allemagne existent et 7,5 millions d’Allemands en occupent. Mais peu en vivent exclusivement, c’est souvent un complément de salaire pour des gens qui, auparavant, étaient inactifs. Les jeunes en prennent pour payer leurs études par exemple. Et le taux de chômage des jeunes est quatre fois moins élevé en Allemagne qu'en France. Pour boucler leurs fins de mois, les retraités en prennent aussi ; une conséquence d’une réforme des retraites très lourde qui a fait baisser les pensions…

Enfin il y a les mères de famille, les étrangers… Ces segments de population pèsent sur la statistique globale, la distordent. Mais au final, la part des emplois atypiques et des temps partiels, est de 27% en Allemagne, contre 23% en France - ne sont retenus que les effectifs salariés. La différence tient à un choix de société : remettre les inactifs au travail, même si c’est par des mini-jobs.

Vaut-il vraiment mieux être un salarié français ?

Cela dépend des secteurs. Un indicateur est intéressant : la dépense de consommation par tête. Qu’est-ce qu’une personne peut acheter, concrètement, avec l’argent qu’elle a en poche ? En Allemagne, cette dépense n’a jamais été aussi élevée, 18.600 euros par an. C’est 1.500 euros de plus que pour les Français. Donc oui, le travail paie en Allemagne, plutôt bien. Depuis 2012, la précarité recule et les salaires augmentent.

L’angoisse des Allemands, qui est réelle, est moins liée au marché du travail qu’au délitement de la protection sociale : des pensions de retraite plus faibles, des prestations de chômage moins élevées. Mais ces réformes-là, pour l’instant, on ne les prend pas pour modèle.