Des classes sont-elles aussi ouvertes en milieu rural ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Alors qu'enseignants et parents se mobilisent contre les fermetures de classes, Benjamin Grivaux affirme que personne n'entend sacrifier le monde rural.

Colère dans les départements ruraux contre la carte scolaire.

Comme tous les ans en cette période de l’année, les recteurs d’Académie répartissent les postes en primaire pour la rentrée prochaine, et les arbitrages font grincer des dents. Dans une soixantaine de départements ruraux, enseignants et parents se mobilisent contre les fermetures de classes. Le porte-parole du gouvernement Benjamin Grivaux leur répond : personne, il l’affirme, n'entend sacrifier le monde rural.  

"On parle beaucoup des fermetures de classe, on ne parle pas des ouvertures en milieu rural, ce que Jean-Michel Blanquer a rappelé à l’Assemblée Nationale."

On ouvre aussi des classes en milieu rural. Vrai ou faux ?

Ce n’est pas ce qui ressort des premiers arbitrages. Nous avons compilé les données d’une vingtaine de départements ruraux, pour lesquelles les décisions d'ouvertures ou de fermetures de classes sont connues. Bilan : 880 classes fermées pour 630 ouvertes, et encore : quand on parle d’ouverture, il s’agit essentiellement d’appliquer, dans les villes, le programme de dédoublement de classes de CP et de CE1 en zone prioritaire. Donc à l'échelle d'un département, oui, des classes ouvrent et le taux d'encadrement augmente, mais ce n’est pas le cas à l'échelle des territoires. C’est compréhensible quand on regarde les chiffres : 3.680 postes à vont être créés l’an prochain dans le premier degré, mais il en faudrait davantage pour appliquer le programme du gouvernement, qui prévoit de dédoubler, au minimum, 3.400 nouvelles classes de CP et de CE1. A terme, 11.000 classes doivent être dédoublées d’ici 2019. Elles vont absorber la quasi-intégralité des moyens.

Le gouvernement se défend en montrant que les effectifs d'écoliers baissent : on en attend 32.000 en moins l’an prochain dans le primaire. Mais ces baisses ne sont pas uniformes, et un dialogue de sourds s'installe entre le ministère et certains territoires.

Lesquels, par exemple ?

Par exemple, dans 8 académies (Besançon, Caen, Clermont-Ferrand, Dijon, Limoges, Poitiers, Rennes, Guadeloupe), aucun poste n'est créé, alors qu’elles comptent aussi des classes à dédoubler. D'autres sont sous-dotées. Dans l’académie de Nantes, par exemple (5 départements, dont certains très ruraux), il y aura l’an prochain 2.300 élèves de moins, donc on ferme des classes, mais si 34 postes vont être créés, les moyens seront avalés par le dédoublement de 130 nouvelles classes, à Nantes, au Mans, à Angers. Le problème, en réalité, est loin de concerner uniquement le monde rural.

Dans le Rhône, en croissance démographique pourtant, 80% des classes créées sont en fait des dédoublements en zone d’éducation prioritaire, tandis qu’ailleurs, 28 classes sont supprimées. Dans de très nombreuses écoles, des classes de 26 élèves aujourd’hui en accueilleront demain 29 ou 30. Les mêmes inquiétudes s’expriment en périphérie des zones REP+ et REP, dans les Hauts-de-Seine, le Val-de-Marne. Qui font face, en même temps, à une crise des recrutements : on n’arrive pas à pourvoir les postes ouverts au concours, et aucun poste de remplaçant n'est créé au niveau national.Résultat : les tensions se ressentent un peu partout, et la grogne monte. Les classes dédoublées sont un réel succès en primaire, mais à trop braquer le projecteur sur elles, regrettent nombre d'élus, on en oublie qu'elles ne concerneront, à la fin de l'an prochain, qu'à peine plus de 2% des écoliers Français.