Combien des femmes qui dénoncent un harcèlement sexuel doivent quitter leur travail ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Anne-Cécile Mailfert, présidence de la Fondation des femmes, affirme que 95% des femmes qui dénoncent un harcèlement sexuel doivent quitter leur travail.

Le Vrai-Faux avec cette parole qui se libère sur le harcèlement au travail.

Le harcèlement sexuel dans la foulée de l’affaire Weinstein aux États-Unis, un hashtag a été lancé sur Tweeter pour inviter à dénoncer les pervers de bureau. Il se répand depuis trois jours, comme une traînée de poudre. Certains s’alarment de ces dénonciations sans filtre. Mais d’autres, beaucoup d’autres, applaudissent.

Pour Anne-Cécile Mailfert, présidence de la Fondation des femmes : "En France, 20% des femmes sont victimes de harcèlement sexuel au travail. Lorsqu’elles parlent, 95% d’entre elles, dans l’année qui suit, quittent leur travail. La quasi-totalité !"

95% des femmes qui dénoncent un harcèlement sexuel doivent quitter leur travail. C’est vrai ou c’est faux ?

C’est faux. Madame Mailfert cite en fait une donnée qui n’a rien de statistique, même si elle est reprise par de nombreux médias. Elle concerne les 300 dossiers suivis par une association de juristes qui vient en aide aux victimes (l’ALVF). 95% des femmes que cette association conseille ont, c’est vrai, perdu leur travail. C’est d’ailleurs pour cela qu’elles ont demandé de l’aide. Mais toutes les victimes ne connaissent pas le même sort, même si on n’a qu’une connaissance partielle du sujet.

La plus récente enquête qui permette d’évaluer le phénomène date de 2014, il s’agit d’un sondage représentatif dans le monde du travail réalisé à la demande du Défenseur des droits. Il en ressort qu’une femme sur cinq est victime de harcèlement au travail. Et l’expérience se termine souvent mal pour ces victimes car 15% d’entre elles déclarent, à terme, avoir perdu leur emploi, soit parce qu’on les a licenciées ou forcées à la démission, soit parce qu’elles sont parties. C’est massif 15%, cela représente près de 400.000 femmes. Mais celles qui ont osé parler ne l’ont pas forcément fait pour rien car dans 19% des cas l’agresseur, disent-elles, a été sanctionné.

Quel type de sanction ?

Déclassement, mutation ou plus rarement un licenciement. Comme l’écrasante majorité des faits ne sont jamais portés devant la justice, le préjudice de la victime est rarement reconnu. Est-ce en train de changer ? On ne peut pas le dire ! Cela semble incroyable, mais il n’existe en France aucune statistique. On ne sait rien, par exemple, des condamnations prononcées par les tribunaux de Commerce, qui gèrent en théorie, le gros des dossiers. Et la Justice pénale reste un dernier recours. en 2015, selon le ministère de la Justice, 1.029 dossiers ont été ouverts (300 de plus qu’en 2012), dont moins de 30% ont été jugés poursuivables, les preuves manquant pour les autres et le nombre de condamnations prononcées, 109, apparaît dérisoire face à l’ampleur du phénomène. Car les sondages donnent le vertige. Un exemple, 3,6% des femmes confient avoir subi un chantage sexuel au travail, donc "tu couches, ou je te saques". Cela représente 450 000 femmes et le même nombre reçoivent des messages à caractères porno. 1,7 million de femmes ont subi des gestes déplacés. Combien s’en sont ouvertes et ont été ignorées de leur hiérarchie ?

On le saura peut-être fin 2018 quand les résultats de la toute première vraie enquête, conduite auprès de 27.000 femmes et hommes, seront enfin rendus publics.