Cherche-t-on des soudeurs et des chaudronniers depuis des années ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Muriel Pénicaud affirme que cela fait des années que l’on cherche des soudeurs et des chaudronniers.

Le Vrai Faux de l’Info avec les grands projets de formation de Muriel Pénicaud.

Maintenant que les ordonnances sont entrées en vigueur, pour leur plus grande partie, la ministre du Travail s’attelle à cet autre chantier dont le gouvernement présentera les grandes lignes tout à l’heure : 15 milliards vont être consacrés à la formation professionnelle, pour lancer les français sur le chemin de l’emploi. Un chemin qui ne serait pas toujours bien tracé.

Muriel Pénicaud : "A partir de janvier, on aura des possibilités de formation beaucoup plus importantes qu’aujourd’hui. On a des métiers entiers ou on ne trouve personne parce qu’ils ont une mauvaise image. Ca fait des années qu’on cherche des soudeurs et des chaudronniers".

Cela fait des années qu’on cherche des soudeurs et des chaudronniers, c’est vrai ou c’est faux ?

C’est vrai. Les entreprises ont beaucoup de mal à trouver ces employés qualifiés, pourtant indispensables. Au point que certaines, comme le groupe Areva, ont créé leurs propres écoles. C’est simple, la France forme chaque année 5.250 soudeurs et chaudronniers, c’est la même formation. Or cette année, on recense près de 7.000 projets de recrutements dans le secteur, ce sont les statistiques sur les besoins de main d’œuvre. Faites le calcul, il manque 1.700 professionnels, et ça va s’accentuer puisque les départs en retraites sont nombreux. Globalement, le secteur de la métallurgie, pas que les soudeurs, va recruter 110.000 personnes par an jusqu’en 2025. Il faut former les gens, et particulièrement dans ces métiers en tension comme soudeurs ou techniciens de maintenance et roboticiens. Il en faudrait 100 de plus par an ! Mais il faut remettre les choses en perspective : on reste dans des ordres de grandeur assez faibles. Certes, booster l’apprentissage, et la formation des métiers de l’Industrie, c’est essentiel pour redresser la production en France, mais ça suffira pas à résorber le chômage. Les métiers dans lesquels les employeurs envisagent de recruter aujourd’hui, ce ne sont pas toujours ceux pour lesquels on manque de formation. Quand on regarde les intentions d’embauche, cette année, on voit 85.000 agents d’entretiens,  80.000 serveurs de café, des aides ménagères, commis de cuisine, 130.000 et la plupart seront pourvus d’ailleurs. Pour garder les ordres de grandeurs à l’esprit : seules 150 à 250.000 offres d’emplois ne sont pas pourvues chaque année, faute de candidats. La moitié seulement en CDI.

Est-ce que la formation justement, ne va pas aider à les pourvoir ?

Pour partie, car le problème est réel dans certains secteurs. Les compétences sont trop faibles en sortie de Bac pro ou de BTS, mal calibrées. Et puis il faut aussi préparer les emplois de demain, ceux qui n'existent pas encore. Mais un récent rapport des services du premier ministre prévient : d'autres facteurs pèsent sur le chômage comme les conditions de travail. Les horaires atypiques se développent, c’est parfois difficile de rejoindre une zone industrielle à 4 heures du matin. Et il y a également le problème des salaires, dont curieusement, personne ne parle. Or le niveau des salaires est évidemment lié à la mauvaise réputation de certaines professions. Dans l’industrie, ils ont faiblement progressé pendant des années et la part des salaires dans la valeur ajoutée des entreprises, donc la part de la richesse créée qui revient aux salariés, s’y est effondrée. 20% au début des années 80, 11% aujourd’hui, selon l’OCDE. En Allemagne, cette part est de 18% : les ouvriers y sont mieux payés.

La profession d’ailleurs le reconnaît, comme elle admet qu’elle devra elle-même davantage s’impliquer dans les processus de formation pour que tout cet argent qu’annonce le gouvernement ne rate pas sa cible. Or c'est ce qui se produit depuis longtemps. Seuls 27% des gens qui ont bénéficié du plan 500.000 formations ont un emploi stable aujourd’hui. L’argent et la communication, pour redorer l’image de professions sont importants même essentiels, mais la méthode et les efforts que seront prêtes à faire les entreprises le seront tout autant.