Accords du Touquet : les Anglais ne paient-ils qu'une petite partie de la facture ?

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Le vrai-faux de l'info est une chronique de l'émission Europe matin
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Xavier Bertrand affirme que les Anglais ne paient qu’une petite partie de la facture.

L’Angleterre doit-elle payer plus pour les migrants de Calais ?

Un renforcement des accords du Touquet doit être annoncé aujourd’hui, alors que le Président rencontre Theresa May. Depuis 2004 et l’entrée en vigueur de l’accord du Touquet, la frontière britannique est installée en France où se pressent les milliers de migrants qui veulent rejoindre l'Angleterre. Le coût de cet arrangement est jugé trop lourd pour la France, et pour Xavier Bertrand, président de la région concernée.

"Ça coute des dizaines de millions d'euros par an et les Anglais ne payent qu'une toute petite partie"

Les Anglais ne paient qu’une petite partie de la facture. Vrai ou Faux ?

Cela dépend de quel point de vue on se place. Côté Français… Oui, on estime la facture trop lourde. Car si l'Angleterre paie pour sécuriser la frontière, c'est la France qui supporte les dépenses de personnel, donc les salaires des forces de l'ordre. Ces trois dernières années, jusqu'à 12 escadrons ont été mobilisés en renfort à Calais, en plus des forces locales, pour gérer la crise, et il y a encore dans le Calaisis 1160 policiers (dont 450 renforts des forces mobiles). On peut estimer le coût de ces seuls renforts à 70 millions depuis trois ans. Et c'est compter sans le coût de la gestion humaine de la crise.

Plus de 10 000 migrants s’entassaient à Calais avant que la jungle soit démantelée : il a fallu les héberger, les insérer dans le parcours des demandeurs d’asile, construire des places d’hébergement, s'occuper des mineurs isolés car la Grande-Bretagne n'en a accueilli que 900 (sur les 2000 enfants présents à Calais)… Fin 2016, un député avait fait l’addition : le coût direct devait dépasser, fin 2017, 400 millions d’euros.

Et puis il y a les coûts indirects, difficiles à chiffrer.  Les dépenses de sécurité portuaire, dont la région supporte une partie, la baisse de chiffre d’affaire des commerçants, le recul du tourisme… Quelques agriculteurs ont eu leurs champs détruits, des transporteurs leurs cargaisons, leur matériel… Ces transporteurs paient de lourdes amendes à la Grande-Bretagne quand un migrant se glisse dans leur camion. Personnes n’a chiffré ces pertes, mais elles nourrissent la colère. L’État a accepté de verser 50 millions aux collectivités pour les compenser.

Et du point de vue de la Grande-Bretagne ?

On ne peut pas dire qu’elle n’ait rien payé. Depuis 2015, le Royaume-Uni a versé 140 millions pour sécuriser la frontière, face à l’afflux de migrants. Mur, clôture, matériel de détection… C’est lui qui paie, dans son propre intérêt puisque 115 000 tentatives d’intrusion ont été recensées en 2017. Mais le pays considère que l'effort est réel, au regard des seuls coûts de sécurité. Il devrait ce matin consentir une rallonge d'une cinquantaine de millions d’Euros, et entrouvrir ses portes, qui se sont fermées depuis le Brexit, aux migrants qui ONT de la famille en Angleterre, et veulent à tout prix la rejoindre... En clair, ces 400 à 700 personnes qui errent encore à Calais, dont une cinquantaine d’enfants.