Emmanuel Macron : une longue interview en guise de rentrée présidentielle

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Le portrait de Catherine Nay est une chronique de l'émission Europe 1 Week end
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Emmanuel Macron a fait sa rentrée avec une longue interview accordée au "Point". En chute dans les sondages, le président devait parler.

En chute libre dans les sondages, Emmanuel Macron a choisi de parler. Une longue interview au Point, publiée le jour même de la publication des ordonnances. Une façon de marquer un grand coup, de faire sa rentrée pour remonter la pente ? En tout cas, un changement notable de stratégie de communication...

En effet. Avant même d'arriver à l'Elysée, Emmanuel Macron prévenait qu'il serait un président économe de sa parole. Le contraire de son prédécesseur. Pas question d'être dans le commentaire au jour le jour, fini les connivences, les familiarités, les tutoiements avec les journalistes... Il entendait redonner de la dignité à la fonction. Gaullien, Jupitérien, très bien. Seulement à l'ère de la communication, le cinéma sans parole, Macron avec un blouson d'aviateur, avec une raquette, à bicyclette, ça ne suffit pas. Il n'y a pas eu d'interview au 14-juillet. Et on le sentait bien cet été, en parlant autour de soi. Avec lui, les Français ne savaient pas trop sur quel pied danser. Bref, Emmanuel Macron devait parler. Et c'est lui qui a contacté Le Point. Avec nos confrères, pas une minute de badinage, aucune tentative de séduction. Un président presque glacial, très concentré, qui a parlé durant deux heures et demi, très difficile à interrompre. Il les a reçus dans son bureau dépourvu d'objets personnels. Sur la cheminée, des cadres photos vides, deux ou trois petites voitures de collection, pas une fleur. Un janséniste au pouvoir !

Mais c'est une interview qui fera date !

En tout cas pour nous, les journalistes, c'est un document de 16 pages, qu'il est impossible de résumer en trois minutes. Il faut le lire plume à la main. Il y a du fond, du souffle et une grande maîtrise de la pensée. Il explique ce qu'il veut faire, ce qu'il va faire. Et son ambition pour la France n'est pas mince. Il veut qu'elle soit une grande puissance. Et déjà, il se félicite des 100 premiers jours qui se sont écoulés. Selon lui, ce sont les plus denses qui aient suivi une élection présidentielle. "Nous avons tourné la page de trois décennies d'inefficacité." 30 ans, ça fait depuis la fin des années Mitterrand. Et pan sur Chirac, Sarkozy et Hollande.

Il y a son ambition pour la France et pour l'Europe aussi...

Où il compte bien jouer un rôle. "La France, dit-il, doit permettre à l'Europe de devenir leader du monde libre. J'assume ce moment de grandeur car il est à la hauteur du moment que nous vivons. Mais nous ne pouvons prétendre jouer ce rôle que si nous nous en donnons les moyens. Sans transformation économique et sociale, oublions la grandeur." Les Français sont prévenus : d'abord redresser l'économie, en finir avec les déficits. Donc ce n'est pas lui qui, à l'instar de ses prédécesseurs, ira à Bruxelles pour demander des délais supplémentaires. Son credo : "Notre société a besoin de récits collectifs, de rêve, d’héroïsme."

Ce qui frappe aussi dans cette interview, c'est l'autorité qui s'en dégage...

Emmanuel Macron n'aime pas être contredit, ni critiqué. François Hollande, qui s'y était essayé, en prend pour son grade avec un beau tacle. Il n'est pas le seul. Et pan sur Mélenchon, et sur les journalistes. "Je n'ai pas oublié, dit-il, les circonstances dans lesquelles j'ai été élu, la brûlure de l'attente, de la colère. L'entre-deux tours pendant lequel j'ai vu toute la presse se retourner, pour dire le lendemain de la Rotonde que j'étais un arrogant déconnecté et que Marine Le Pen faisait une campagne formidable. L'arrivée à Whirlpool, je l'ai encore à l'esprit chaque jour." Oui, vous vous souvenez, quand lui tentait de négocier avec les syndicats et que Marine Le Pen s'était faite applaudir par les ouvriers, devant les caméras. Cela montre qu'il est aussi rancunier, ce qui est sûrement l'une de ses faiblesses.

Avec cette interview, peut-il remonter la pente de l'impopularité ?

Non, parce qu'on descend par l'ascenseur, on remonte par l'escalier. Ce sera long. Et il est très lucide, Emmanuel Macron. Il le dit : "Les Français se remettront à croire au discours politique quand les résultats seront là." Il a raison. Il dit aussi : "Je vais devoir vivre pendant des mois avec l'impatience du peuple." Comme disait Apollinaire, "comme le temps est lent et comme l'impatience est violente".