Allemagne: Est-ce la fin de l'ère Merkel ?

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Le portrait de Catherine Nay est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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Ce samedi, Catherine Nay revient sur l'échec des négociations pour former une coalition entre Les Verts et le parti libéral allemand. 

Bonjour Catherine

Bonjour Wendy, bonjour à tous.

Au lendemain de l'échec des négociations pour former une coalition avec Les Verts et le parti libéral, suite au retrait de ce dernier, la presse allemande accablait la Chancelière. "La fin de l'ère Merkel a commencé", lisait-on. "Merkel en état de détresse", titrait le Spiegel. 8 jours plus tard, on fait le point. Où en est-elle ?

Visiblement exténuée au sortir de ces négociations qui venaient de capoter, Angela Merkel renvoyait d'elle des images peu flatteuses qui donnaient corps à ces interprétations, ça n'était plus "Mutti" --maman, mais "oma" --grand-mère. Et puis lundi soir, le lendemain, les Allemands l'ont vue à la télé requinquée, calme, détachée presque. Affirmant : "Je n'ai peur d'absolument de rien".

Question : songeait-elle à jeter l'éponge ?

- Réponse : "Ridicule. Je n'ai jamais songé à démissionner."

Serez-vous encore au pouvoir dans un an ?

- "Je vais m'en donner la peine."

A la tête d'un gouvernement minoritaire, peut-être ?

- "Ca n'est pas ma préférence". L'Allemagne a besoin d'un gouvernement stable.

De nouvelles élections, alors ?

- "Ce serait la meilleure solution, et je serai prête à être de nouveau candidate."

Et afin de bien se faire comprendre, de préciser qu'en se présentant aux dernières législatives, son intention était de faire un mandat entier. Autrement dit de rempiler pour 4 ans à la Chancellerie, et non de 2, comme le supputaient ses adversaires.

Kaput la coalition. Mais Merkel, elle, est toujours debout. Quid de l'avenir ?

Trois options possibles :

- Un gouvernement minoritaire ? Mais on a vu qu'elle rejetait une solution qui la mettrait au Bundestag à la merci de ses adversaires. Les Allemands ne sont pas très chauds.

- De nouvelles élections ? Mais dissoudre est l'apanage du Président de la République. En l'occurrence, depuis mars dernier, Frank-Walter Steinmeier, un social-démocrate, ancien ministre des affaires étrangères de Madame Merket et candidat malheureux du SPD, face à elle, aux législatives de 2009. Or lui n'est pas favorable à de nouvelles élections, en raison du coût : 92 millions d'euros. Cela voudrait dire qu'il n'y aura pas de nouveau gouvernement avant plusieurs mois. Et puis s'il y avait de nouvelles élections, les résultats seraient identiques à ceux de septembre, avec comme seule exception l'extrême-droite qui en profiterait. Attention, danger. Donc, Steinmeier demande aux formations politiques de servir le pays. Dès mardi, il a reçu tous les partis à l'exception de l'extrême-gauche et de l'extrême-droite.

Troisième option ?

Un changement d'avis du SPD. Martin Schulz, président du parti et candidat malheureux face à Merkel il y a trois mois, avec un score historiquement bas, préconisait une cure d'opposition pour se refaire une santé, le SPD ayant pâti, selon lui, de son alliance avec les conservateurs. Il y a encore 4 jours, il martelait que son parti n'était pas disponible pour une nouvelle grande coalition. Or, depuis hier, changement de ton : Martin Schulz se déclare prêt à discuter avec la CDU de la Chancelière. Le Président Steinmeier n'y est pas pour rien. Des élus du SPD, les ministres --il y en a 5, qui expédient toujours les affaires courantes-- ont fait pression eux aussi.

On s'acheminerait vers une 3ème édition de la Groko (la grande coalition) ?

C'est possible. Mais ça passe mal chez les adhérents du parti qui souhaitaient se reconstruire dans l'opposition. La base devrait se prononcer au congrès du SPD, début décembre. Mais de nombreux socio-démocrates reprennent à leur compte cette phrase de Willy Brandt : "Le pays passe avant le parti."

Jeudi, le Président Steinmeier recevra Merkel et Schulz ensemble.

Il est l'acteur clé de la sortie de crise. Ses relations avec la Chancelière sont respectueuses mais dépourvues d'affect. Il n'était pas son candidat à la présidence, il le sait. Aujourd'hui, Angela Merkel se félicite de l'avoir comme médiateur de crise parce que c'est un diplomate et qu'il est social-démocrate. Lui seul peut convaincre le SPD de revenir à la table des négociations. On a compris qu'il va tout faire pour sauver Merkel, pour la stabilité du pays --petit détail : le moral des entreprises n'a jamais été aussi élevé, les carnets de commandes sont pleins. Et pour l'Europe aussi.