Vingt-cinq jeunes citoyens assignent l'État colombien en justice

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Les chroniques du monde est une chronique de l'émission Europe Soir
Partagez sur :

Les plaignants, dont la plus jeune a 7 ans, sont issus des 17 régions de Colombie qui risquent le plus d’être affectées par les changements climatiques.

D’abord cette première en Amérique Latine : l’Etat colombien vient d’être assigné en justice par 25 jeunes citoyens. Ce qui est assez spectaculaire c’est que la benjamine n’a que 7 ans…

Sept ans pour la plus petite, et 26 pour le plus "vieux". Et ces jeunes sont issus des 17 régions de Colombie qui risquent le plus d’être affectées par les changements climatiques, selon L’institut d’Etudes en Hydrologie, Météorologie et Environnement. Ils ont donc saisi le Tribunal supérieur de Bogota, avant-hier, pour dénoncer la déforestation. Elle augmente en Colombie : 70.000 hectares coupés en 2016, c’est 44% de plus que l’année précédente. Tout l’inverse des engagements pris par le président Colombien à Paris, au moment de la COP21. Juan Manuel Santos avait alors fixé l’objectif "zéro déforestation d’ici 2020". C’est mal parti.

Les jeunes le rappellent à l’ordre par le droit !

Exactement. La déforestation représente 10 à 15% des émissions de carbone dans le monde. La Colombie a un énorme massif amazonien, grand comme les trois-quarts de la France. Et ces jeunes invoquent leur "droit constitutionnel à vivre dans un environnement sain", article 79 de la Constitution. Ils soulignent que ce sont eux qui vont affronter les impacts des changements climatiques, toute leur vie. Et donc ils exigent de l’Etat un plan d’action pour stopper la déforestation et que les jeunes soient impliqués dans ces décisions qui les concernent.

On voit de plus en plus des citoyens, ou des groupes de citoyens, saisir la justice sur des questions environnementales…

C’est vrai, quand ils estiment que les autorités ne jouent pas leur rôle. On l’a vu, notamment, depuis que Donald Trump s’est affranchi de tous les engagements pris par l’Amérique, des villes et des Etats prennent le relais. Les maires de New York et de San Francisco par exemple, ont assigné en justice les compagnies pétrolières les plus polluantes. Pour comprendre les aspirations et les craintes des générations de demain, le Forum économique de Davos effectue un grand sondage en 14 langues, auprès de 30.000 jeunes de moins de 30 ans. Ils représentent la moitié de la population mondiale. Dans ce sondage, en tête des préoccupations des jeunes, à 48%, on trouve le changement climatique et la destruction de la nature. Voilà qui devrait inspirer les politiques de tous bords.

De la Colombie on file en Espagne vous retrouver, Henry de Laguérie. On parle beaucoup de violences conjugales en France (l’affaire Daval en est l’expression extrême). On pourrait sans doute prendre quelques leçons de l’Espagne. À Madrid, l’assassinat d’une femme par son mari a déclenché une campagne d’un nouveau genre. Ça s’appelle "Ma porte est ouverte".

Oui, Susanna Galindo, 55 ans, a été étranglée par son mari il y a quelques mois. Elle n’avait jamais porté plainte mais l’enquête a révélé que ses voisins savaient qu’elle était victime de violence. Ça n’a malheureusement servi à rien. C’est ce silence qui a marqué l’opinion publique et qui a conduit la mairie à interpeller l’ensemble des habitants avec cette grande campagne lancée la semaine dernière.

Ça s’est fait à grande échelle ?

Oui, la mairie a envoyé plus d’un million de lettres aux Madrilènes pour leur faire prendre conscience qu’ils ont aussi un rôle à jouer. Personne ne doit fermer les yeux. Des petites pancartes, un peu comme celle qu’on trouve dans les hôtels à accrocher aux portes, où il est écrit "Ma maison est ouverte" ont été distribuées. Ainsi, en cas de besoin, une femme confrontée à la violence sait qu’elle trouvera une oreille attentive et de l’aide chez un voisin ou un proche. Les commerces sont également mis à contribution. Des stickers sont collés sur les vitrines. Les vendeuses peuvent recueillir la parole de femmes battues.

On a souvent l’image de l’hidalgo, un peu macho. Vous nous dites finalement que les Espagnols ont une longueur d’avance…

Oui parce qu’elle fait de ce fléau une urgence nationale depuis une quinzaine d’années. Le droit a évolué, un tas de mesure ont été mises en place : éloignement des agresseurs, numéros d’urgence, foyers d’accueils. Ce qui signifie que des moyens importants sont alloués à ce combat. Mais surtout, le regard de la société a évolué. Dans les médias, il est interdit de parler de "drame conjugal" mais bien de "meurtre". Chaque fois qu’une femme meurt sous les coups de son conjoint, on rappelle le nombre de victimes depuis le début de l’année, les drapeaux des mairies sont mis en berne et des minutes de silence sont respectées. Et ça donne des résultats. 56 femmes ont malheureusement été assassinées l’année dernière. C’est beaucoup, mais c’est deux fois moins qu’en France.

En bref, il manque 63 millions de femmes en Inde ! Expliquez-nous !

Ce sont les statistiques officielles, publiées lundi, qui le disent. Il aurait dû y avoir 63 millions de femmes en plus. C’est énorme. Et où sont-elles passées ? Eh bien une bonne partie n’est pas née, à cause d’une pratique répandue d’avortements sélectifs. C’est le culte du garçon, là-bas. Et puis les filles seraient moins bien nourries et moins bien soignées, moins éduquées aussi. Donc leur taux de mortalité est plus élevé. Il y a un proverbe atroce qui dit qu'"avoir une fille, c’est comme arroser le jardin du voisin". Bon courage aux Indiens pour fonder des familles avec ça.

Et puis en Australie, c’est "Wikileaks dans le tiroir" !

Des centaines de documents classés top secret du gouvernement australien ont été découverts dans des tiroirs revendus par un magasin, spécialisé dans le mobilier d’occasion des ministères. Les tiroirs étaient fermé à clefs. un petit curieux a eu enfin l’idée de forcer les serrures. Et a découvert un monceau de documents relatifs à près de dix ans de travaux ministériels. Une enquête "urgente" a été lancé par le cabinet du Premier ministre. Il n’est jamais trop tard, dit-on.