La Turquie fait le ménage dans ses bibliothèques

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Le journal du monde est une chronique de l'émission Europe Soir
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Après le coup d'Etat manqué de juillet 2016, la Turquie continue de faire le ménage pour écarter toute velléité d'opposition. Dernières victimes en date, les livres et plus de 1.000 bibliothèques en Turquie.

Notre première histoire qui concerne la Turquie. La Turquie d’Erdogan, qui n’en finit pas de faire le ménage depuis le coup d’Etat manqué de juillet 2016…

Un très grand ménage, pour écarter toute velléité d’opposition. Je vous rappelle le contexte de ces derniers mois : l’ennemi juré, c’est le prédicateur Fethullah Gülen, théologien retiré de 76 ans, qui vit exilé aux Etats-Unis mais a des millions d’adeptes dans le monde, des réseaux et une influence intellectuelle certaine. Donc tous ceux qui gênaient Erdogan depuis un an et demi ou qui n’étaient pas ouvertement "avec lui" ont été taxés de "gülénistes" et de terroristes avec une gigantesque chasse aux sorcières qui a touché les milieux de l’enseignement, la justice, la police, la culture et les médias… On parle de près de 50.000 personnes incarcérées et plus de 100.000 limogées ou suspendues.

Voilà pour le contexte. Et qui sont alors les dernières victimes de la purge ?

Les livres et les plus de 1.000 bibliothèques de Turquie. Une question a été posée au Parlement, qui a permis de mesurer l’ampleur de la censure qui a été mise en œuvre : le ministre de la Culture a révélé que 140.000 livres avaient été "retirés d’urgence" des bibliothèques !

Quels livres, selon quels critères ?

Tous ceux qui évoquent Gülen et son mouvement évidemment, accusés de faire de la propagande. Egalement tous ceux publiés par la trentaine de maisons d’éditions qui ont été contraintes de fermer par décret gouvernemental. A travers leurs écrits, ce sont les penseurs, les intellectuels turcs qui sont directement visés. Et puis, plus surprenant, les livres du philosophe Louis Althusser ont été retenus comme des "preuves d’actions criminelles". Dans les auteurs bannis on trouve aussi Spinoza ou Camus, accusés d’avoir été "membres d’organisations terroristes". Tout cela en contradiction avec la Constitution turque et décidé au nom de l’état d’urgence en vigueur depuis l’été 2016. Et puis le théâtre est aussi visé. Cette fois au nom de la préservation de la littérature et du théâtre turc. Les compagnies nationales officielles ont fait disparaître de l’affiche tous les auteurs étrangers. Shakespeare, Brecht ou Tchekhov sont, de fait, censurés en Turquie. La culture, surtout lorsqu’elle vient de l’Europe occidentale, gêne le président Erdogan dans son projet de toute puissance.

Deuxième histoire, en Allemagne, où l’on retrouve Hélène Kohl. Chez vous, des pilotes de ligne refusent de faire décoller leur avion. Mais ça n'a rien à voir avec une grève…

Ils évoquent la sécurité à bord. Ils refusent de partir si certains passagers ne sont pas descendus illico de l'appareil. Cela s'est passé 222 fois déjà cette année. Des vols où en fait au moins l'un des passagers était une personne en train d'être expulsée d'Allemagne. On parle là de demandeurs d'asile déboutés et renvoyés dans leur pays d'origine. Les pilotes expliquent qu'il y a déjà eu des cas où ces personnes faisaient des scandales pendant le vol, des vraies crises de colère ou d'angoisse, ce qui compromet la sécurité de tous. A 12.000 pieds, le capitaine est le seul gardien de l'ordre à bord, et donc il a le droit de refuser d’embarquer ces déboutés du droit d’asile. Et donc à 222 reprises, cette année, des pilotes chez Lufthansa ou Eurowings ont fait valoir ce droit. Finalement les avions ont bien décollé mais sans les passagers concernés.

Est-ce que c'est aussi parfois une manière déguisée de s'opposer à ces expulsions ?

Sans le dire oui, évidemment. Les compagnies reçoivent toujours par avance la liste des passagers, et les équipages ont systématiquement un petit entretien avec les étrangers qui vont être expulsés sur leur vol. Pour juger de la situation au cas par cas, explique Lufthansa. On ne leur pose en fait qu'une seule question : "Voulez-vous monter à bord de cet avion avec nous ?" Il suffit que la personne dise "non" pour que la capitaine décide qu’elle reste sur le sol allemand. Il faut noter que ce sont des actes de résistance qui restent assez isolés quand même.

Quelles sont les motivations des pilotes dans ces cas-là ?

Vous savez, l'Allemagne a repris cet automne les expulsions vers l'Afghanistan, désormais officiellement classé dans la liste des pays "sûrs" par le gouvernement. Un postulat qui est loin de mettre tout le monde d’accord. Quant à la société allemande, elle est vraiment partagée avec une courte majorité en faveur de ces expulsions. Sachant que pour les six premiers mois de cette année, l'Allemagne seule a enregistré plus de demandes d'asile que tous les autres pays de l'Union Européenne.

En bref, avant de refermer ce journal du monde. Lundi soir, a eu lieu une très grande soirée dans un hôtel de Tokyo, une soirée un peu particulière…

L’hôte est un vieil homme d’affaire japonais, Satoru Anzaki, 80 ans et qui a appris récemment qu’il était atteint d’un cancer en phase terminale. Il a donc décidé d’organiser une gigantesque soirée pour célébrer la "fin de sa vie" et s’offrir l’occasion de remercier les gens qui avaient jalonné sa vie. Donc il y avait environ 1.000 invités, lundi soir. La famille, les amis, ses vieux copains d’étude, ses employés et des partenaires de business. Tout ce monde-là rassemblé pour leur dire au revoir. Pour faire en sorte que ce ne soit pas trop mélancolique, il avait fait venir un groupe de danseurs et a essayé de saluer le maximum de ses invités. C’est le concept de la soirée d’adieux.

Autre histoire : ce matin en Australie, un homme convaincu de pédophilie n’a pas pu quitter le pays…

Non il a été bloqué à l’aéroport de Sydney en vertu d’une loi qui rentrait en vigueur aujourd’hui. Une loi très originale puisqu’elle empêche les personnes reconnues coupables de crimes sexuels contre des enfants (il y en a 20.000 en Australie) de voyager sans l’autorisation préalable des autorités. Le but, c’est d’éviter qu’ils aillent faire du tourisme sexuel en Asie du sud-est, en Thaïlande, en Malaisie ou à Bali, où les enfants sont souvent victimes de prédateurs sexuels. Cette loi entre en vigueur un an après la condamnation, en Indonésie, d’un Australien à 15 ans de prison.