Qui était vraiment Jean-Pierre Coffe ?

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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Jérôme Ivanitchtenko rend hommage au chroniqueur gastronomique Jean-Pierre Coffe à travers le décryptage de sa carrière.

Le fait média du jour, c’est donc la disparition de Jean-Pierre Coffe à l’âge de 78 ans. Mais, on va s’intéresser à la face cachée de cette grande figure de la télévision, de ce "dézingueur" de la malbouffe.

Jean-Pierre Coffe était un homme qui avait de nombreuses failles.

Derrière les coups de gueules et ce tempérament volcanique, ces lunettes rondes et ces costumes colorés, il y avait un homme blessé.
Des blessures qu’il avait dévoilées dans ses mémoires, Une vie de Coffe, publiées au mois de mai l’année dernière, et qu’il avait mis plus de deux ans à écrire. Des mémoires difficiles à coucher sur le papier. Aussi difficiles qu’une vie qui ne l’a pas toujours épargné.
Un père qui meurt à la guerre, alors qu’il n’a que deux ans et cette petite enfance passée en Lorraine, à Lunéville, auprès d’une mère distante, plus occupée à refaire sa vie qu’à s’occuper de son fils unique.
Jean-Pierre Coffe devient pupille de la nation. Il est placé dans une famille de paysans suisses qu’il considère très vite comme sa vraie famille. Il y apprend le goût du terroir et des produits authentiques. Un bagage qui développera son appétit pour la bonne chair et qui lui permettra de trouver sa vocation, bien mieux que n’importe quel cursus scolaire, lui qui n’avait pas le certificat d’étude.
Ce manque de culture et de diplôme, il aurait pu l’enfermer dans un éternel complexe d’infériorité mais au contraire, Jean-Pierre Coffe le transformera en intarissable soif d’apprendre. Lorsqu’il arrivera à Paris, par le biais du théâtre notamment, en suivant le Cours Simon ou en dévorant avec gourmandise les œuvres complètes de Madame de Sévigné, en autodidacte passionné.

Dans ces mémoires, Jean-Pierre Coffe revenait aussi sur un épisode traumatisant de sa vie intime.

Un épisode dramatique, la mort d’un enfant.

Jeune adulte, il se marie, sa femme est enceinte. La quiétude d’une vie de famille qu’il n’a pas vraiment connue, semble enfin devenir réalité. Survient alors le choc. Un beau jour, en rentrant chez lui, il découvre l’inimaginable : le corps de son petit garçon, mort-né, dans le bidet de son appartement. Sa femme lui explique qu’elle a fait une fausse-couche, lui restera intimement convaincu qu’il s’agit d’un avortement.
Un traumatisme, une plaie ouverte pour cet homme dont le seul rêve était de transmettre. Lui, le "presque orphelin" qui se cherchait à tout prix une descendance.

Dans Libération, au mois de mai dernier, Jean-Pierre Coffe se confiait sur ce manque, sur ce vide. Avec plus de tristesse que d’amertume : "J’ai toujours pensé que j’ai raté ma vie. Je voulais un fils, une femme, un appartement, une bagnole…. J’ai eu une vie accomplie, j’ai gagné de l’argent, mais cela reste pour moi un drame terrible".

Un drame terrible qui, malheureusement, ne sera pas le seul.

A l’occasion de la sortie de son livre Une vie de Coffe, il abordait pudiquement le décès de sa fille adoptive, à 37 ans, emportée par un cancer alors qu’il venait tout juste de reprendre contact avec elle.
Cet appétit de la transmission semblait vouloir le fuir. Il aura tenté de le rassasier tout au long d’une carrière médiatique de 30 ans. Avec une quarantaine de livres, avec des centaines de chroniques, avec une fougue et une gouaille inimitables…

Dans le portrait que Libération lui consacrait il y a un an, Jean-Pierre Coffe évoquait "l’après. Il exprimait son souhait : que ses cendres soient dispersées dans le jardin de sa maison de Lanneray, petite commune d’Eure-et-Loire, non loin de Châteaudun.
Il invitait ensuite ses amis à venir "vider la cave". Un ultime hommage à l’image de cet homme parfois excessif, qui prétendait ne jamais boire d’eau. Qui n’en mettait en tout cas jamais dans son vin…