Le rédacteur en chef d'Envoyé Spécial évincé

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Jean-Pierre Canet n'est pas reconduit la saison prochaine. En cause la mort de trois journalistes à Mossoul, il y a une quinzaine de jours. 

Place au décryptage média de notre expert, Jérôme Ivanichtchenko. On a appris hier que le rédacteur en chef du magazine de France 2 "Envoyé Spécial" allait être limogé. Le contrat de Jean-Pierre Canet n’a pas été reconduit pour la saison prochaine. Et c’est un événement dramatique qui est à l’origine de cette décision

C’est la disparition de trois journalistes qui travaillaient pour le magazine d’information de France 2. Il y a une quinzaine de jours, ils se trouvent à Mossoul, en Irak. Embarqués auprès des forces irakiennes, ils préparent un reportage sur la traque des jihadistes français et le 19 juin, ils sont victimes de l’explosion d’une mine. Stéphan Villeneuve et son fixeur Bakhtiyar Haddad meurent sur le coup. Véronique Robert décédera quelques jours plus tard, à son retour à Paris.

Et c’est la préparation de ce reportage qui est en cause aujourd’hui. L’envoi des trois journalistes pour Mossoul a été décidé par le rédacteur en chef du magazine quelques jours auparavant le 15 juin. Dans le plus grand silence. C’est ce que la direction de l’information de France Télévisions reproche à Jean-Pierre Canet. La décision aurait été prise à la hâte et surtout, sans informer les dirigeants du groupe. Selon une source proche de la direction du groupe France Télé, il s’agit d’un "manquement grave" contraire à la procédure très stricte qui règlemente l’envoi de journalistes sur une zone de conflit.

Yannick Letranchant le nouveau patron de l’information du groupe nommé fin mai en remplacement de Michel Field a donc décidé de ne pas reconduire Jean-Pierre Canet, dont la responsabilité est selon lui engagée dans cette terrible affaire.

Contacté hier soir, le rédacteur en chef d’ "Envoyé Spécial" n’a pas souhaité s’exprimer publiquement. Il ne le fera pas avant la période de deuil. Rappelons que Stéphan Villeneuve l’un des trois journalistes morts à Mossoul doit être inhumé aujourd’hui.

Mais pour certains, ce départ forcé est lié à d’autres raisons

C’est l’avis d’une partie de la rédaction d’ "Envoyé Spécial" qui soutient Jean-Pierre Canet et qui estime que l’affaire de Mossoul est un prétexte dramatique pour éloigner un journaliste trop porté vers l’investigation.

Selon les informations du journal Le Monde, son départ pourrait résulter d’un désaccord beaucoup plus profond avec sa direction autour de la ligne éditoriale d’ "Envoyé Spécial". Jean-Pierre Canet était arrivé aux manettes du magazine d’info de France 2 il y a un peu plus d’un an, mais depuis, ses méthodes dérangent. En interne, certains lui reprochent une trop grande autonomie dans les choix rédactionnels. On se souvient par exemple du bras de fer engagé avec la direction de l’info de la chaîne à la rentrée dernière autour de la diffusion d’un reportage sur l’affaire Bygmalion. Son éviction, permettrait en réalité de faire prendre un virage aux enquêtes proposées par "Envoyé Spécial". On se souvient que Michel Field l’ancien patron de l’info de France Télévisions avait défendu une conception plus soft de l’information. Avant de quitter son poste il y a 2 mois, il avait publié une tribune dans Libération où il critiquait ouvertement une vision et une forme trop "inquisitoriale".

Jean-Pierre Canet est un proche d’Elise Lucet. Avec la journaliste, il a contribué à la création de "Cash Investigation". Et aujourd’hui, son départ sonne comme un coup très dur porté contre celle qui incarne la pugnacité journalistique sur le service public.