Le programme de Philippe Poutou passé à la sauce audiovisuelle

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
Partagez sur :

Jérôme Ivanichtchenko décrypte chaque jour les programmes des candidats en matière d'audiovisuel. 

Place au décryptage média de notre expert, Jérôme Ivanichtchenko. Nous poursuivons notre tour d’horizon des programmes des candidats à la présidentielle en matière d’audiovisuel. Après François Fillon hier, on s’intéresse ce matin aux propositions de Philippe Poutou

Oui et la première d’entre elles, c’est la suppression du Conseil supérieur de l’audiovisuel  tel qu'on le connait aujourd'hui. Pour le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, le CSA est un organisme "fantoche", "inutile", placé sous la coupe du pouvoir politique. S’il entre à l’Elysée, il faudra donc tout changer. Pour le remplacer, Philippe Poutou propose la création d'un "organisme démocratique de supervision"  avec une compétence élargie à l'ensemble des médias  télés, radios, mais aussi presse écrite et internet.

Ce CSA "new look" serait composé de trois corps : d’abord des élus  comme une assemblée nationale miniature. Viendraient ensuite des salariés des médias  du public, du privé et de ce qu’on appelle le "tiers-secteur", c’est-à-dire issus de l’économie solidaire. Enfin, des usagers seraient aussi intégrés à ce collège  téléspectateurs ou auditeurs. Les pouvoirs de cet organisme seraient étendus : il deviendrait par exemple le garant des mesures d’audiences des chaines de télé ou des radios. Il serait aussi en charge du respect des chartes éthiques dans les rédactions, ou de la répartition des aides à la presse, trop souvent distribués à de grands groupes capitalistes selon Philippe Poutou. Enfin, il ne nommerait plus les présidents de France Télé ou de Radio France, mais se contenterait de proposer des listes de candidats. Chose inédite : ce seraient les salariés eux-mêmes qui choisiraient leurs patrons.

Les salariés qui se retrouvent au cœur du projet de Philippe Poutou, notamment dans l’audiovisuel public

Et ce n’est pas surprenant, il se présente comme un candidat des travailleurs. Il veut les libérer des contraintes. Philippe Poutou part d’un constat simple : pour lui, l’information est devenue trop souvent une marchandise alors qu’elle devrait être un droit  un "bien commun". Il est donc favorable au développement d’un "service public de l’information et de la culture"  indépendant financièrement. Il réclame la suppression totale de la publicité  qui serait compensée par une augmentation du budget alloué par l’Etat.

Un autre sujet lui tient particulièrement à cœur : la concentration des médias privés. Dans son viseur, on trouve les empires médiatiques de Vincent Bolloré, de Patrick Drahi ou de Xavier Niel. Une dizaine de grandes fortunes qui concentre entre leurs mains plus de 90 % des moyens d’information. Il a une proposition très simple : une personne, un groupe de personnes ou une entreprise ne devrait pas pouvoir posséder plus d’un titre de presse ou un canal de télévision ou de radio… Il irait encore plus loin pour les entreprises qui sont en contrat avec l’Etat : pour elles, interdiction formelle d’être propriétaire de médias  même indirectement. Le meilleur moyen selon lui d’éviter les conflits d’intérêts.

En termes de programmes, que regarde Philippe Poutou ?

Eh bien, pas grand-chose. En 2012, Philippe Poutou était déjà candidat à la présidentielle et il reconnaissait alors qu’il n’était pas un grand fan de télé… Fin mars, le Journal du Dimanche prétendait que sa série préférée était "Baron noir" (Canal+). Mais c’est tout ce qu’on sait de ses habitudes. Ça ne l’empêche pas d’avoir un avis, notamment sur les journaux de 20 heures, qui devraient selon lui respecter davantage le pluralisme politique, pas seulement en période de campagne électorale.

Il en va de même pour les chaînes d’information en continu  et notamment pour Franceinfo, lancée l’année dernière par France Télévisions et plusieurs partenaires publics. Pour Philippe Poutou, malgré de belles intentions, la chaîne cède trop souvent à la précipitation, au commentaire de rumeurs ou de non-événements, à cette tendance de remplir du vide avec du rien. Lui Président, Philippe Poutou fera tout pour y remédier !