CSA : le rapport sur la diversité à la télévision qui fait débat

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Le fait médias du jour est une chronique de l'émission Le grand direct des médias
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Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel a publié son Baromètre sur la diversité à la télévision pour l’année 2016.

Vendredi, le CSA a publié son baromètre de la diversité pour l’année 2016.

Une grande étude qui a pour mission de répondre à cette question : la télévision est-elle représentative de la population ?

Depuis 2009, le CSA tente de répondre à cette épineuse question. Pour établir ce baromètre de la diversité, le CSA a visionné spécifiquement deux semaines de programmes en 2016, la première au mois de mai, la seconde en septembre. Des milliers d’heures diffusées sur 17 chaînes gratuites et sur Canal+. Des programmes de tous genres : des fictions, des programmes d’info, des magazines, des divertissements et des retransmissions sportives et il a relevé les interventions de toutes les personnes qui s’expriment à l’antenne.

Les observations du CSA portent sur plusieurs critères : sur l’âge, sur la classe sociale, sur le sexe, sur le handicap, mais aussi sur les origines ethniques. La représentation des personnes "perçues comme non blanches" a légèrement augmenté, mais elle reste en-deçà de  la réalité de leur poids social, notamment dans les programmes d’information et dans les JT, qui devraient naturellement refléter au mieux près la diversité de la société française.

Même chose pour les classes d’âges : à titre d’exemple, les moins de 20 ans représentent un quart de la population. Ils ne sont visibles à l’antenne que dans 9% du temps.

Parallèlement, on constate aussi des disparités importantes pour les catégories sociales : les catégories socioprofessionnelles les plus aisées, ce qu’on appelle les CSP+, sont "sur représentées" à l’antenne. Ils représentent les trois quarts des interventions télévisées, alors qu’ils ne sont que 27 % dans la population. Un décalage saisissant : la "France sociale" montrée par la télévision n’a pas grand-chose à voir avec celle qu’on rencontre dans la réalité.

C’est d’autant plus vrai sur la représentation du handicap. Alors que 20% de la population, un Français sur cinq, est atteint d’un handicap visible ou non visible, la représentation à l’antenne est marginale : elle s’élève à moins d’1% à l’antenne.

Ce constat peut-il faire changer les choses ?

Pas forcément. C’est la limite de l’exercice. Le CSA constate cette "désynchronisation" entre la télévision et la réalité sociale, mais il n’a pas de moyens d’action.

Aux États-Unis et en Australie, ou plus proche de nous en Grande-Bretagne et en Allemagne, les chaînes de télévision ont l’obligation de se conformer à certaines règles pour accroître la diversité à l’antenne. En France, ce n’est pas le cas.

Alors, avec ce baromètre, on comprend bien l’intention du CSA, qui veut faire œuvre de pédagogie, qui veut offrir un outil pour faire de la télévision un miroir moins déformant de notre société.

Reste qu’il a aussi un effet boomerang : avec ce constat, le CSA accrédite un peu le sentiment de déconnexion des médias par rapport à la réalité. D’autant qu’il n’attribue pas de bons points ou de mauvais points, chaîne par chaîne, mais qu’il se contente de tracer des grandes lignes.

Ça ressemble donc un peu à un coup d’épée dans l’eau et c’est bien dommage : c’est oublier que la télévision peut être un outil majeur de cohésion sociale.