Les comédiennes de plus de 50 ans ne sont pas bonnes qu'à jouer des pubs pour des yaourts au bifidus !

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Le coup de patte est une chronique de l'émission Europe matin
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Chaque jour, Nadia Daam vous présente son coup de patte personnel.

Le monde du cinéma continue à se remettre en question et à interroger les inégalités en son sein, et c’est une bonne nouvelle. La dernière revendication émane de l’AFAA. L’association des acteurs et actrices qui dénonce dans un communiqué la sous-représentation des actrices de plus de 50 ans au cinéma.

Et pour cause, les femmes de 50 ans et plus ne représentent que 6% des protagonistes dans les fictions, alors qu’en France, une femme sur deux à plus de 50 ans. Ça veut dire concrètement que quand on va au cinéma, on a moins de chances de voir un film avec une quinquagénaire, qu’un film avec un marsupilami ou un schtroumpf, pourtant peu répertoriés par l’Insee comme catégorie de la population.

C’est vrai, certaines ont la chance d’échapper à la malédiction ; Karin Viard, Juliette Binoche, Isabelle Huppert, par exemple, ne sont clairement pas au chômage. Mais c’est l’exception qui confirme la règle.

Les actrices moins célèbres, elles, racontent qu’hormis ces têtes d’affiches bankable, il y a trois catégories de rôles : la jeune première, la trentenaire, et on passe directement à la septuagénaire à cheveux mauves et hanche artificielle, la mamie. Entre 40 et 50 ans, c’est un tunnel sans rôle au cinéma, ou éventuellement, de la figuration dans les publicités pour yaourt qui facilite le transit. Comme si à 40 ans, on avait ni sexualité, ni carrière, ni famille, mais juste un côlon irritable.

Si vous avez 42 ans, n’espérez pas non plus apparaître dans une pub pour des crèmes antirides. Les marques de cosmétiques continuant à choisir pour égéries des filles à peine pubères qui auraient davantage leurs places dans des spots pour les forfaits mobiles avec sms illimités ou les brioches Pitch que pour des sérums pour peaux matures.

C’est même pire que ça, on peut être privée d’un rôle avant d’atteindre 40 ans. C’est ce qu’avait expérimenté la comédienne américaine Maggie Gyllenhall. En 2015, et alors qu’elle était à peine âgé de 37 ans, elle racontait qu’un directeur de casting lui avait refusé un rôle qu’elle était trop vieille pour incarner la maitresse d’un homme qui lui, avait 55 ans.

Et on en vient à l’autre aspect révoltant de cette discrimination : le fait que les acteurs eux, ne subissent pas la même disqualification et le même âgisme. Daniel Auteuil, Pierre Arditi, André Dussolier, François Berléand, eux, ne sont pas tricards au cinéma au contraire. Parce que dans l’imaginaire collectif, un acteur ne vieillit pas, il mûrit, il ne grossit pas, il prend de l’épaisseur, il n’est pas chiant, il a des fêlures.

Et c’est une différence d’appréciation que l’on retrouve hors des écrans. Un homme célibataire de plus de 40 ans est un "cœur à prendre". C’est le Bachelor. Une femme de 46 ans, qui plus est, sans enfants, comme Jennifer Aniston, c’est le Téléthon de l’utérus. Voici et l’ensemble de la presse people sont à ça de lui congeler ses ovocytes de force et de l’inscrire sur Tinder.

Au-delà du showbizness et de la question de comédiennes en mal de rôle, c’est aussi un problème de représentation,: il s’agit de montrer aux enfants, aux jeunes filles, qu’on reste une femme même quand on n’est plus féconde, ni très fraiche. Une rencontre interprofessionnelle sera organisée le 11 avril, par l’AAFA pour tâcher de répondre à cet enjeu de société : Nadia Daam y sera, vous la reconnaitrez, elle portera un yaourt au bifidus actif à la boutonnière en solidarité.