Théorie du genre : la grenade pontificale dégoupillée

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La revue de presse est une chronique de l'émission La matinale d'Europe 1
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La presse quotidienne revient ce mardi sur la polémique autour des propos du Pape François sur la théorie du genre.

Ce matin en Une de vos journaux on est sur de l’information, du lourd :
Le Parisien : Kim Kardashian : Un braquage XXL.

Mais il y a tout de même deux trois autres petites choses dans la presse :
Le Figaro : Ces Français qui s’engagent pour la sécurité du pays.
Libération : Lutte anti-terroriste : Au bord du burn-out.
Et puis, La Croix est allé voir : Palmyre après Daech.

Le Pape et le genre

Il y a concurrence ce matin dans les journaux. D’un côté, Kim Kardashian, de l’autre, le Pape. La plupart des éditorialistes sont scandalisés : il aurait oublié clairvoyance et retenue. Denis Daumin, dans La Nouvelle République, parle d’une grenade pontificale dégoupillée. La Croix tente de revenir aux propos précis du Pape. Une réflexion, qui, nous dit Guillaume Goubert, part d’un échange avec un journaliste à propos de l’accompagnement des transsexuels. Le Souverain Pontife cite diverses anecdotes pour illustrer le vieil adage : "Sévère en chaire, miséricordieux au confessionnal". Au risque de n’être compris par personne. Mais Le Figaro est le seul journal à être allé voir les textes. Ceux des anti-genres et ceux des manuels scolaires qu’ils incriminent. Avec cette phrase, d’un manuel Magnard de 2014 : "Bref, tout cet ensemble de comportements différenciés des parents, de stimulations, d’injonctions, de récompenses ou de désapprobations contribuent à forger peu à peu des identités de genre, qui, pour n’avoir rien de naturel, finissent par coller à la peau des garçons et des filles comme une seconde nature".  Mais, est-ce seulement la question du genre qui gêne ces associations catholiques, ou plutôt l’idée que l’enfant pourrait se différencier des croyances de ses parents ? Jules Ferry demandait à ses instituteurs de ne rien dire qui pourrait choquer un père de famille. Mais en même temps, l’école sortait les enfants de l’obscurantisme. Aujourd’hui, c’est le contraire.

Économie et climat

Les sciences humaines aiment se comparer à des sciences dures. Dans Le Monde, Stéphane Foucart revient sur le livre de deux économistes qui accusent de négationnisme tous leurs collègues dont le tort est de ne pas adhérer au néo-libéralisme contemporain. Le problème, explique-t-il, c’est que les adeptes de la sagesse des marchés sont aussi ceux qui ont le plus longtemps nié l’impact du système économique sur l’environnement. Dans le calcul rationnel des coûts et des bénéfices, les dégâts sur la nature sont systématiquement minimisés parce que cette logique économique est incapable de prendre en compte la réelle qualité de vie et la richesse des civilisations. "Le panéconomisme ambiant, résume Régis Debray dans le Figaro, est une idéologie dévastatrice. En dehors de l’intérêt du consommateur et du taux de croissance, nous ne voyons qu’irréalité fumeuse et subjective".

Macron

Comme une illustration, Emmanuel Macron est partout. Mais l’on n’en sait pas plus sur ce qu’il propose. Emmanuel Macron mise sur son image plutôt que sur un programme, nous dit Le Monde. Pour faire chic, son entourage traduit par "une campagne à la Kennedy". Le journal rappelle que sa ligne politique, que son ami l’essayiste ultra-libéral, Mathieu Laine, baptise "libéralisme proudhonien", fait au mieux 6% dans le pays. Du coup, explique Renaud Dutreil, ancien chiraquien rallié, "le programme n’est pas le sujet". Le sujet, c’est sa bonne mine, donc.

Une nouvelle revue

Si vous cherchez un programme, des réflexions de fond, le site Le Comptoir lance sa revue. Sur une ligne socialiste, critique du progrès et attachée aux gens ordinaires chers à George Orwell. Une réflexion sur l’éducation, à l’heure où, est-ce un hasard, le Medef applaudit à la réforme du collège, un article pour se réapproprier notre consommation confisquée par la grande distribution, un autre intitulé : Narcissisme et divertissement, comment la téléréalité se fait le miroir de la société moderne. Avec les stratégies dévoilées par Noam Chomsky pour organiser la manipulation des masses : maintenir le public dans l’ignorance et dans la bêtise et l’encourager à se complaire dans la médiocrité. Mais pas un mot sur les bijoux de Kim Kardashian.


Sur le site Slate, Nadia Daam s’agace d’un article du New-York Post sur les mères qui s’habilleraient de façon trop sexy pour aller chercher leurs enfants à l’école. Les talons de huit centimètres, c’est inapproprié. Forcément, ces mères-là ont un problème, elles qui refusent d’adopter le mom jean, le sac informe. Alors, avant de se demander s’il faut laisser les garçons porter des jupes, on peut laisser les mères tranquilles ?