À la Une : la loi à venir sur les fake news et la visite du président Turc Erdogan

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, deux grands titres : la loi à venir sur les fake news et la visite du président Turc Erdogan.

Oui, on commence par les fake news, et la future loi qui suscite beaucoup d’inquiétudes.
Le Figaro parle d’un "chantier complexe".
Le Monde, d’un "sujet périlleux".
Libération évoque "une fausse piste, puisque le droit français permet déjà de lutter contre cette forme de désinformation".
Le magazine Challenges va plus loin sur son site et parle de "la tentation liberticide d’Emmanuel Macron".

Même ton dans l’édito de l’Opinion qui qualifie l’annonce présidentielle de "tentation illibérale" : "placer la liberté d’expression sous la surveillance accrue de la loi, des juges et du CSA, c’est un peu soigner le mal par le mal, juge Olivier Auguste qui souligne que plusieurs affaires, comme celle du Rainbow Warrior ou du nuage de Tchernobyl, ont démontré que « la puissance publique n’est pas par nature garante de la vérité. Et puis les mesures envisagées suscitent de sérieuses craintes, dit-il : sur quels critères un juge décidera-t-il qu’un article est suffisamment faux pour demander son retrait ? Nul doute, conclu l’Opinion, qu’Emmanuel Macron aurait crié au risque d’arbitraire si Marine Le Pen avait formulé une telle proposition".

Et puis La Croix, qui fait aussi sa Une sur le sujet, pointe également le risque "qu’une telle loi puisse être instrumentalisée par un pouvoir en place pour assurer sa propre préservation".

Effectivement, c’est un chantier périlleux et complexe.

Périlleux et complexe, un peu comme le discours à tenir face au visiteur du jour, Recep Tayip Erdogan.

Le président Turc à qui Le Figaro offre une belle tribune ce matin.
Page 15, Erdogan salue la "longue amitié" entre la France et la Turquie, rappelle que « la France a été l’un des premiers pays à exprimer son soutien suite à la tentative de coup d’État en juillet 2016", et qu’il est "très heureux de constater l’intensification des relations entre les deux pays".
S’en suit un long rappel du poids des investissements français en Turquie : 6,8 milliards d’euros, et 1450 entreprises implantées, parmi lesquelles EDF, Thales, Engie, MBDA (le fabriquant de missiles) et Airbus. Sans compter les projets en cours, notamment, précise-t-il dans le domaine "de l’industrie de la défense".
Un rappel qui prend tout son relief dans les pages d’un journal dont le propriétaire s’intéresse lui aussi de très près à l’industrie de défense".

Le message d’Erdogan est clair : avant d’ouvrir la discussion, la France ferait bien de penser à ses intérêts, et ses investissements.
Parce qu’évoquer d’autres sujets avec trop d’insistance pourrait s’avérer fâcheux.

Et les autres sujets, ce sont ces chiffres que l’on trouve résumés dans l’Humanité :
"2.756 fonctionnaires limogés à Noël, dont 105 universitaires. Au total, 105.000 personnes arrêtées depuis juillet 2016, dont la moitié est en prison. La Turquie, écrit Michel Guilloux, qui est aussi devenue championne du monde des journalistes emprisonnés et des titres de presse fermés. Sur 180 pays, elle figure au 155e rang du classement de la liberté de la presse établi par Reporter sans Frontière".

Certes, mais face à "la crise en Syrie, à la catastrophe migratoire, ou encore à la lutte contre le terrorisme, ce qui prime, explique Le Parisien, c’est le pragmatisme. Le fil du dialogue ne doit pas être rompu".
"Reste que les échanges s’annoncent relevés, conclue Ava Djamshidi, puisque lors de ses vœux à la presse, Emmanuel Macron a juré qu’il aborderait la situation des journalistes emprisonnés en Turquie. Sauf que le lendemain, le porte-parole de la présidence turque a assuré que le Français "manquait d’information" en la matière.

Voilà, ils parleront donc économie, terrorisme, Europe, et éventuellement fake news version Turque.

On évoquait la lutte contre le terrorisme, justement ce matin, Médiapart publie une enquête retentissante sur l’attentat de Saint-Etienne-du-Rouvray.

Et on en parlait à 8h, c’est un reportage qui a demandé six mois d’investigation au journaliste Matthieu Suc, et il raconte "comment les renseignements ont étouffé un raté énorme".

Et pour cause : la direction  du renseignement de la préfecture de police de paris, la DRPP, avait toutes les pièces en main pour prévoir cet attentat.
"C’est Paul, un brigadier en charge de la veille informatique qui repère le futur tueur du père Hamel, en surfant sur l’application Telegram, il découvre la chaine d’Adel Kermiche, ses louanges à Daesh, ses selfies avec l’index pointé vers le haut. Ses petits conseils aussi.
À ceux qui l’interrogent pour savoir s’il vaut mieux partir en Syrie ou agir en France, il répond sans ambages qu’il est préférable d’agir ici. Il dit qu’il faut attaquer les églises, qu’avec un simple couteau, "on peut faire un carnage".
Mi-juillet, quelques jours avant l’attentat, les messages sont de plus en plus clair, alors Paul, le brigadier, écrit une note pour alerter sa hiérarchie, classée secret défense.

Sauf que, faute de cloisonnement, de trop de contrôle, de trop de strate hiérarchique, la note d’information, explique un policier, reste coincée". Elle dort sans être ouverte.

Cinq jours plus tard, le père Hamel est assassiné, égorgé dans son église.

Dans les bureaux du renseignement, c’est la panique, écrit Mathieu Suc, cela fait furieusement désordre. Alors Paul est convoqué par sa hiérarchie, qui lui demande de postdater sa note, autrement dit d’effacer la date du 21 juillet pour inscrire celle du 26, après l’attentat.

Interrogé pour savoir pourquoi la DRPP n’a pas fourni ces notes, le parquet de parquet de Paris a répondu "pas de commentaire".

Une enquête édifiante à lire donc sur le site de Médiapart.

Révélation encore, mais cette fois de l’autre côté de l’Atlantique : on parle du livre évènement "fire and fury", le feu et la fureur qui raconte la face cachée de Donald Trump.

Oui, il sort aujourd’hui aux États-Unis, et est signé Michael Wolff, journaliste infiltré à la Maison Blanche.

Trois journaux publient des extraits de son livre : le Guardian, le Washington Post et le New York Magazine.
Et le tableau peint qu’il peint est assez déroutant.

Il raconte un candidat qui ne voulait pas gagner, et surtout un président déconnecté de ses responsabilités, ignare et méconnaissant totalement les institutions de son propre pays.
On trouve par exemple cette scène où Trump insiste pour nommer son gendre Jared Kushner chef de cabinet, jusqu’à ce qu’une conseillère lui explique en aparté : "visiblement, personne ne vous l’a dit mais, vous ne pouvez pas faire ça, vous ne pouvez pas embaucher les membres de votre famille".

Trump découvre tout : les règles donc mais aussi la constitution, qu’un proche tente de lui lire, avant d’abandonner au 4e amendement faute d’attention de la part du président.
Wolff raconte qu’il passe la plupart du temps dans sa chambre. "Les premiers jours, il a fait installer trois télés dans la pièce et un verrou sur la porte, générant une brève confrontation avec les agents de sécurité, qui ont insisté qu’il ne s’enferme pas".
Le journaliste décrit un Donald Trump qui, "par peur d’être empoisonné, préfère manger les burgers de Mac Donald’s que les plats qu’on lui apporte, se pose dans son lit dès 18h30 avec ses cheeseburgers pour regarder les chaines d’info en continue sur ses trois écrans et passer des coups de fils à ses amis".

Et puis il y a aussi la confirmation de cette réunion avec des agents russes à la Trump Tower en pleine campagne présidentielle.

Voilà, un récit à lire, pour les anglophones, entre autre sur le site du New York Magazine qui en sort les plus gros extraits en accès libre.

Et puis faites vite parce que tout ça pourrait bien disparaitre assez rapidement. Donald Trump ayant saisi ses avocats pour faire interdire le livre, purement et simplement.
Motif ? Fake news, évidemment !