À la Une : "à quoi sert l’entreprise ?"

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La revue de presse est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Chaque jour, Marion Lagardère scrute la presse papier et décrypte l'actualité.

Dans la presse ce matin, cette interrogation : "à quoi sert l’entreprise ?"

"À quoi sert l’entreprise ? Son objet est-il uniquement de faire du profit pour les actionnaires ? Doit-elle intégrer une obligation sociale, une contrainte environnementale, une mission éthique ou toute autre valeur morale ?".
Autant de questions posées par Nicolas Beytout dans l’édito de l’Opinion alors qu’un rapport sera remis aujourd’hui au gouvernement sur la responsabilité des entreprises.
"Certes, il s’agira de recommandations et non d’obligations, , mais tout de même, dit Nicolas Beytout attention à ne pas en faire un prétexte pour diaboliser les patrons".

Oui, "gare aux caricatures", dit également dans l’édito des Échos Guillaume Maujean en concédant tout de même que, oui, "il y a des chiffres qui choquent".
Et pour cause ! Après les Une sur la précarité des agriculteurs, l’hôpital en crise, les SDF dans le froid et les retraités abandonnés. Mercredi, Forbes a mis la lumière sur son classement des milliardaires, et "ces riches de plus en plus riches", disait le magazine. Et ce matin, rebelote, cette fois avec les résultats du CAC 40.
Vertige en Une du journal Le Monde, qui aligne 11 chiffres en gros caractères : "93.400.000.000 de profits en 2017".

De quoi inspirer ce titre à Libération : "entreprises, y’a pas que le profit dans la vie".
Libération où Laurent Joffrin, entre deux saisies sur "l’avidité des magnats à gros cigares", plaide clairement pour une réforme de l’objet social de l’entreprise.
Parce que même si ça "ne garantit rien (…) la lutte pour plus de justice commence par les mots".

À propos de "mots" et de "patron", Marc Simoncini, le fondateur du site Meetic, raconte sa vie mouvementée d’entrepreneur à VSD.

"Enfant, je voulais être poète, dit-il, mais j’ai vite compris que ce n’était pas un métier".
Marc Simoncini, 55 ans, est autodidacte et a tout essayé : ouvrier sur des chantiers. Puis bucheron aux États-Unis. Véridique : "j’ai coupé des arbres avec des Hells Angels pendant six mois, dit-il, puis je suis rentré en France et je me suis inscrit en formation "informatique", je ne savais pas ce que c’était".

En fait, c’est ce qui va changer sa vie. Puisqu’en 2000, il créé le site de rencontre Meetic.

Succès fulgurant, réussite, fortune, mais aussi stigmatisation qui passe mal. "Le quinquennat de Hollande, ça a été une sale période, dit-il à VSD, faut vraiment être con pour dire à des entrepreneurs qu’on ne les aime pas ! Pour dire "je vais redistribuer les richesses, mais j’aime pas ceux qui les créent".
Comme Michel Sapin, futur ministre de l’Économie, qui en le voyant a lancé : "oh un riche !".
"J’aurais dû répondre "oh, un con !", et puis je ne l’ai pas fait, et j’ai bien fait".

Bref, Marc Simoncini est bien remonté, mais ça n’a pas toujours été le cas. Après le succès de Meetic, il est tombé en dépression pendant dix ans.
"Parce qu’il faut pouvoir répondre à la question : pourquoi on fait tout ça, c’est difficile de se dire que vous avez tout, mais qu’en même temps, il y a un truc qui cloche".

Justement, les dossiers sur les changements de vie et autre remise en question se multiplient.

Oui, le bi-mensuel Psychologie Positive vous dit par exemple "qu’il n’est pas trop tard pour prendre un nouveau départ".
Le Magazine Elle de son côté, met en avant ces « amateurs qui sont passé du rêve à la réalité : "ma vie à la ferme", portrait de trois urbains repentis. »

Et puis il y a le dossier du mensuel Néon qui prend le contre-pied de toutes ces rêveries avec ce titre : "j’ai changé de vie mais j’aurais pas dû".
Témoignages de ceux qui ont "foiré leur reconversion" : Julie, 34 ans, qui a lâché un CDI à Paris pour monter un restaurant à la campagne, "je suis passé d’un rythme pourri à un rythme encore plus pourri, dit-elle, et en plus, sans congés !". Ben oui.
Pierre, 39 ans, qui a démissionné pour faire une formation "édition" avant de réaliser que, "y’a pas de boulot dans l’édition".
Pareil pour Joris, 30 ans, parti au Canada mais rentré en France au bout de six mois faute d’emploi.

Ça freine l’élan ! Mais Néon propose aussi un autre changement de vie, un vrai défi en couverture : "30 jours pour devenir totalement écolo", autrement dit comment passer au vélo, trouver du bio, local et pas cher, se mettre au vrac, ne plus rien acheter de neuf ou encore consommer moins d’électricité.

"Au bout de 30 jours, écrit la journaliste-cobaye Camille Mcouat, j’ai perdu le besoin de manger de la viande tous les jours et j’aime pédaler mais, soyons honnête, à moins de transformer Paris en forêt Ardéchoise, c’est difficile d’y mener une vie totalement verte". 
Difficile mais pas infaisable, conseils et astuces à lire donc dans Néon.

Enfin, un changement radical, un changement de physique : interview dans l’Équipe de l’ex-médaillée olympique de canoë, Sandra Forgues.

Oui, parce qu’avant Sandra s’appelait Wilfrid et qu’elle a attendu d’avoir 48 ans, écrit le journal, "pour vivre une vie de femme".

"Déjà vers sept ans, dit-elle, j’allais au catéchisme et je priais pour renaitre en fille mais voilà, j’ai privilégié le plus confortable, c’est-à-dire ma vie sociale d’homme, et en cachette mes émotions féminines".

Pour lutter, Wilfrid se réfugie dans le sport, le canoë et les séances de musculation. À tel point que dans le milieu, on l’appelle "le gros", le "gros bourrin". Champion du monde en 91, champion olympique en 96 puis de nouveau champion du monde en 97.
"Mais on ne lutte pas contre soi-même, dit-elle, à l’approche de la cinquantaine, je me disais, tu ne vas jamais te connaitre, tu seras morte sans vivre ta vie. Ma vie intime était une prison, un corps qui ne correspond pas au câblage mental".
Alors l’armure a craqué, sa femme l’a découvert, il a fallu le dire aux enfants, aux amis, aux partenaires de canoë-kayak, "des potes ont pris une claque, dit-elle, (…) mais derrière ce témoignage, ce que je veux, c’est surtout transmettre un message de bonheur, la vie n’est simple pour personne, conclue Sandra Forgues, mais chacun doit essayer de trouver son chemin".

Une belle interview à lire dans l’Équipe sur l’art de cheminer vers soi.
Le genre de défi qui, plus encore que glaner des médailles ou compter ses milliards, demande le temps de toute une vie.