La Grande Muraille de Bulles : une barrière qui piège le plastique des rivières pour l’empêcher de se déverser dans la mer

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Innovation est une chronique de l'émission Deux heures d'info
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Anicet Mbida nous offre chaque matin ce qui se fait de mieux en matière d'innovation.

On innove dans la protection de l’environnement avec une barrière qui piège le plastique des rivières pour l’empêcher de se déverser dans la mer.

On dit que les petits ruisseaux font les grandes rivières. Mais quand il y a des déchets plastiques à l’intérieur, ils finissent par se retrouver en mer, servir de petit déjeuner aux poissons, aux crustacés et au bout du compte, c’est nous qui les mangeons.

On parle beaucoup du 7e continent de plastique, mais on oublie qu’il a été créé par lesmillions de tonnes de déchets plastiques charriés par nos fleuves et nos rivières. Donc trois chercheuses néerlandaises ont décidé d’attaquer le problème à sa source, en créant des barrages sur les rivières qui bloquent le plastique et le redirigent vers des sortes de poubelles placées sur la rive.

Mais si on bloque le plastique, on va aussi bloquer les poissons et les bateaux ?

Non justement. C’est ce qui est très malin. Elles ont créé une "barrière de bulles". Cela fonctionne comme un jacuzzi. On place un tuyau percé au fond de l’eau. On souffle de l’air à l’intérieur, ce qui crée un rideau de bulles du fond de la rivière jusqu’à la surface. Donc les bateaux et les poissons peuvent passer. Mais quand des bouteilles ou des sacs en plastique arrivent, emportés par le courant, ils sont bloqués par les bulles.

S’ils arrivent du fond de la rivière, ils seront repoussés vers la surface, là encore emportés par les bulles. Ensuite, comme la "barrière jacuzzi" est placée en diagonale sur la rivière, les déchets en plastiques vont glisser doucement vers la berge où ils seront récupérés, incinérés ou recyclés.

Il existe déjà des "barrières grillages" qui bloquent les plus gros déchets qu’il y a dans les rivières. Mais ils bloquent également la circulation les bateaux. Alors qu’une barrière de bulles peut s’installer n’importe où, même sur les fleuves et les canaux où il y a beaucoup de navigation. D’ailleurs, ce sont souventceuxqui ontle plus de déchets.

Donc c’est une très belle idée. Son nom, "La Grande Muraille de Bulles" ; "The Great Bubble Barrier".

C’est encore un projet ou elles sont déjà installées quelque part ces barrières ?

Ça commence. Un premier site pilote vient d’être installé aux Pays-Bas sur la rivière de Ijssel. Il va permettre de tester le concept grandeur nature. De savoir quelle taille de bulle fonctionne le mieux, avec quelle pression. Et surtout de valider qu’il n’y a aucun impact sur les poissons, notamment les plus petits.

En quelques semaines de tests, ils se sont déjà rendu compte que leur système pouvait aussi nettoyer la rivière d’autres déchets : des papiers, des tissus ou des feuilles mortes. Ils arrivent même à attraper de tout petits morceaux de plastique d’un ou deux centimètres. Donc le système est très prometteur.

Selon une étude allemande, 90% du plastique déversé dans les océans proviendrait de seulement 10 fleuves ou rivières alors qu’il y en a plus de 40.000 dans le monde. L’idée maintenant, ce serait donc d’installer ces grandes murailles de bulles sur fleuves comme le Mékong ou le Yang-Tsé-Kiang en Asie, le Nil ou le Niger en Afrique, quatre des fleuves qui charrient le plus de plastiques dans le monde.