Présidentielle : le chemin de croix de François Fillon !

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L'édito politique est une chronique de l'émission Europe matin
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Le candidat des républicains est de plus en plus isolé dans cette campagne présidentielle et la dernière ligne droite risque d'être très compliquée.

La politique, c’est le chemin de croix de François Fillon. Il vient de passer trois jours à la Réunion, et même à 10.000 kilomètres de Paris, il ne peut pas mettre un pied dehors sans croiser des manifestants ou des concerts de casseroles. Même à la messe, le prêtre lui rappelle ses affaires. Mais François Fillon le dit : "peu importe, maintenant mon enjeu c’est de mobiliser mon camp, la droite et le centre pour grappiller deux ou trois points et me qualifier au second tour". Est-ce tenable ?

C’est surtout extrêmement risqué ! D’abord parce que personne ne sait aujourd’hui à combien elle se fera cette qualification au second tour, deux ou trois points ça peut tout à fait ne pas suffire. Ensuite, et c’est ça le plus grave : la cohésion de la droite et du centre n’existe aujourd’hui que dans l’esprit de François Fillon. Malgré la conférence de presse d’excuses, le rassemblement de la famille n’est pas fait. Hier soir, s’est tenu un dîner des conjurés, une trentaine de députés autour de George Fenech. Thème des agapes : une alternative à droite ! Hier à votre micro, Christian Estrosi, disait : "je n’ai jamais été filloniste !". C’est à peine croyable, on est à deux mois de l’élection ! La dernière fois qu’on a vu autant de chaleur, d’amour et de fidélité, c’était en 1995 quand il y avait carrément deux candidats de droite. Voilà, les députés et les grands élus, sont toujours très loin d’être tous bien rangés derrière leur candidat !! Enfin, et c’est le coup de grâce à la théorie de la qualification par la cohésion, les élus locaux rechignent à l’accueillir lui et son concert de casseroles. L’équipe de campagne s’arrache les cheveux pour organiser les déplacements, l’agenda a du mal à se remplir. François Fillon veut aller jusqu’à la ligne d’en-but en pack serré, ça va être difficile, la mêlée est chancelante.

En fait, l’affaire a transformé le champion incontesté de la primaire en challenger isolé ?

On dira plutôt qu’elle n’a fait que révéler cet isolement qui est en fait ancré dans l’histoire politique de François Fillon. Il a toujours été un solitaire. Jamais patron du parti ou chef de courant. Il a bien eu un club de réflexion politique, force républicaine d’abord nommé France 9, mais ce qu’on appelle les fillonnistes, les vrais n’ont jamais été légion. Une fois que vous avez évoqué Jérôme Chartier, Gérard Larcher et Bruno Retailleau, vous avez plus ou moins fait le tour. Quand il était à Matignon, ses ministres se plaignaient qu’il ne les appelait jamais et qu’il les laissait seuls face aux crises ou dans les épreuves. D’ailleurs, écoutez ce que lui a dit, en face et en public, son ancien ministre de la Défense, Gérard Longuet, lors d’une réunion il y a quelques jours : "François, a-t-il lancé, tu n’es pas le meilleur camarade qui soit, tu n’as pas une science infuse de la convivialité, mais enfin, tu as du caractère". Voilà pourquoi il est si peu et si mal soutenu ! François Fillon a fait sa carrière en solo, il traverse l’épreuve en solo, la voilà la réalité. Qui a vécu par le colt risque de périr par le colt comme on dit dans les bons westerns.