Trump passe son grand oral devant les instances religieuses

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Trump est-il de bonne foi ?

Le président américain s’adresse aujourd’hui pour la deuxième fois depuis le début de son mandat aux milliers d’invités réunis à Washington pour le petit-déjeuner annuel de prière, un évènement politique et religieux unique en son genre. 

Cela peut nous paraitre tout à fait incongru, à nous français et laïques, mais aux États-Unis, le petit-déjeuner annuel de prière est une institution qui existe depuis 65 ans et qui permet chaque année au président de parler de religion et de tolérance. L’Église et l’État sont séparés aux Etats-Unis dans la Constitution mais la religion a une place considérable dans la vie publique car elle est vécue comme un moyen d’afficher ses convictions au nom de la liberté suprême de croire et de pratiquer sans contrainte de la loi. Le président prête serment sur la Bible mais il est aussi celui qui est censé incarner la cohésion nationale, autrement dit la tolérance et le respect, la générosité et l’empathie.

Que va dire Donald Trump cette année à ce petit-déjeuner ?

Les 3.600 invités qui se rassemblent dans la grande salle de bal d’un hôtel de Washington, risquent fort, comme l’an passé, d’être forts déçus. L’année dernière, on pensait que Donald Trump profiterait de la présence des grands leaders des églises chrétiennes, juives, musulmanes ou bouddhistes pour parler de sa foi, de ses principes moraux, de sa façon de concevoir une politique du bien public, il n’en a rien été. Il a parlé de façon beaucoup plus narcissique et sans grande pudeur de sa vie professionnelle, de ses réussites à la télévision, en dénigrant ses concurrents, et la seule fois où il a vanté la religion, ce fut pour dénoncer tous ceux qui l’oppriment, singulièrement dans le monde musulman. Il a essayé de promouvoir sa politique migratoire, si peu humaine et dénoncée par l’Église catholique américaine, et sa défense de la liberté de croyance qui autorise des commerçants à refuser de servir des clients homosexuels en raison de leurs convictions religieuses.

Autrement dit, il est peut-être croyant mais sa politique n’est pas très évangélique ?

C’est là le paradoxe. Les chrétiens évangéliques aux États-Unis n’ont jamais été aussi puissants, ils ont voté largement pour Donad Trump mais ce n’est pas leur foi chrétienne qui est en cause, c’est la façon dont ils interprètent l’Evangile de façon sectaire, voire haineuse, pour les autres religions, ainsi que sur le sujet ultra-sensible du réchauffement climatique qu’ils nient ou sur le créationnisme qu’ils tentent de faire inscrire dans les manuels scolaires. Trump dit qu’il a été élevé comme un bon chrétien mais il semble qu’il ne s’intéresse que très peu à la religion en tant que tel ou à la théologie et encore moins au dialogue inter-religieux. En revanche, il n’est pas étranger au fait que parmi les centaines d’invités étrangers invités, figurent une soixantaine de russes dont des proches de Poutine ainsi que son opposante à la présidentielle du mois prochain. Une façon de réconcilier les contraires en terre américaine sur fond de feuilleton judiciaire.

Est-ce qu’au moins, les élus au Congrès prennent ce petit déjeuner de prière au sérieux ?

Oui, bien plus que le président en fait. Il existe un groupe d’élus de droite et de gauche qui se réunissent pour prier ensemble une fois par semaine et qui en profitent pour essayer de tenter des approches bipartisanes sur le plan législatif. Ça marche très peu mais lorsque la crise est là ce sont souvent eux qui permettent la réconciliation ou d’éviter le pire.