Quel avenir pour l’OTAN avec une Turquie qui défie l’UE et pactise avec la Russie ?

  • A
  • A
Voir la vidéo sur Dailymotion
L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
Partagez sur :

François Clemenceau revient chaque matin sur un événement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Pourquoi l’OTAN est devenue alliance de contradictions ? Le secrétaire général de l’OTAN est en visite à Paris ce mardi. Les défis qu’il affronte font de l’Alliance une machine à gérer les contradictions.

Le premier de ces défis, c’est évidemment la question de la Russie. Dans le Journal du Dimanche, le patron de l’Alliance, Jens Stoltenberg, a beau répéter qu’il ne veut pas d’un retour à la guerre froide mais les nouveaux moyens mis en place en Europe (des bataillons supplémentaires, de nouvelles routes logistiques, des renforts pour la lutte anti sous-marine afin de protéger les câbles par où transitent nos milliards de télécommunications…) tout cela vise à dissuader la Russie d’agresser les pays membres de l’OTAN. Or la nouvelle stratégie de sécurité nationale que vient de dévoiler Donald Trump hier indique bien que si la Russie est une menace pour l’Amérique, lui veut avoir de meilleures relations avec Poutine  pour ne s’attaquer qu’à un seul ennemi commun, l’islam djihadiste et terroriste. Pas facile donc ce faire cohabiter cette vision avec celle de la France, de l’Allemagne ou du Royaume Uni pour qui la Russie est une menace qu’il faut traiter indépendamment.

Deuxième défi ?

Personne ne veut en parler ouvertement mais c’est la Turquie. Non seulement parce que Recep Tayip Erdogan croit sincèrement que les Etats-Unis et l’OTAN  ont été les complices du putsch de juillet 2016, mais aussi parce que son hostilité vis-à-vis des Kurdes (avec qui la France et les Etats-Unis ont gagné la bataille contre Daech à Raqqa) devient extrêmement compliquée à gérer. Tout comme son retournement d’alliance vers Moscou. Le fait même qu’il ait versé la première partie d’une facture pour se doter de missiles russes S400, incompatibles avec le système OTAN, fait dire à certains que si la Turquie va au bout de ce contrat, elle ne peut plus avoir sa place dans l’OTAN.

Mais que passerait-il sur la Turquie quittait l’OTAN ?

Il faudrait replier ailleurs la vingtaine de bases qui y sont (aériennes, nucléaires, radar..), ce qui ferait reculer d’autant la ligne de défense de l’OTAN vis-à-vis de la Russie et de l'Iran. Mais cela voudrait dire aussi que l’Alliance romprait avec le seul de ses membres qui appartient au monde musulman. Bref, l’architecture de sécurité de l’après-guerre froide et de l'après-11 Septembre en serait bouleversée. Un cauchemar.