Poutine : le Yalta syrien commence

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clémenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Va-t-on vers un Yalta sur la Syrie ?

Vladimir Poutine a réuni hier les présidents de l’Iran et de la Turquie à Sotchi pour indiquer qu’une nouvelle étape s’ouvrait dans le règlement de la crise. Mais de quoi parle-t-on exactement ?

L’impression, vu de loin, c’est que ces trois grandes puissances, la Russie et l’Iran, qui soutiennent Bachar el Assad, et la Turquie qui soutient les rebelles mais combat surtout les Kurdes, sont en train de se partager les ruines de la Syrie. Et deuxièmement, que ce "deal" se fera sur le dos des Américains et des Européens qui ont pourtant joué un rôle majeur dans la défaite de Daech.

Et on se trompe dans cette vision des choses ?

Un peu, oui. D’abord parce qu’il ne peut pas y avoir de partage de la Syrie comme certains en ont rêvé. Avec d’un côté le régime dans le pays alaouite et à Damas, de l’autre l’opposition dans les grandes villes sunnites comme Alep ou Homs, et enfin les Kurdes chez eux. La vérité, c’est que qui dessine à Sotchi une Syrie unitaire mais avec des vainqueurs et des vaincus. Le président Assad supervisant la transition politique avec une place réservée à l’opposition à condition qu’elle cohabite avec ses anciens oppresseurs tandis que les Kurdes seraient priés de rentrer chez eux et d’accepter une forme d’autonomie sous la surveillance étroite du voisin turc.

Et ça va marcher ?

Pas sûr. Le rapport de forces est indiscutablement en faveur de Poutine et des Iraniens dont les milices ont sauvé la peau de Bachar el Assad. Mais l’opposition syrienne qui vient de se réunir en Arabie Saoudite n’entend pas se soumettre aussi facilement. Elle est plus divisée que jamais entre ceux qui sont prêts à pactiser avec Bachar et ceux qui pour rien au monde participeront à un simulacre de démocratie inclusive. Mais il y a peut-être une lueur. Vladimir Poutine a dit hier que le président Assad devrait faire des concessions, sans préciser lesquelles. Il a promis aussi que les élections devront être supervisées par les Nations Unies. Poutine joue sa crédibilité dans cette épreuve cruciale. Soit il réussit et la géopolitique s’en souviendra comme le grand retour de la Russie au Moyen Orient depuis la fin de la guerre froide. Soit il échoue et les Occidentaux ont intérêt à prévoir un plan B.