L'Allemagne n'a toujours pas de majorité et donc de gouvernement : la perspective de la "coalition Jamaïque"

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L’édito international est une chronique de l'émission Europe 1 bonjour
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Hélène Kohl revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Hélène Kohl remplace François Clémenceau le vendredi 03 novembre.

Plus d'un mois après les élections, l'Allemagne n'a toujours pas de gouvernement. Angela Merkel est en tractation pour composer une majorité avec les libéraux et les verts. Une drôle d'alliance inédite, un peu contre-nature. C'est pour cela que les négociations de coalition se prolongent. Et si on en parle ce matin, c'est parce que, selon plusieurs participants à ces discussions, cette journée de vendredi sera décisive. En clair, ça passe ou ça casse.

Il y a déjà eu une grosse alerte la semaine dernière : les 52 négociateurs des quatre partis concernés se sont séparés plus tôt que prévu parce qu'on ne trouvait aucun compromis sur la question migratoire.
Cette semaine : changement de ton… c'est l'embellie ! Les Verts qui livrent sur twitter des détails sur les dessous des discussions n'ont pas arrêter de lâché des commentaires positifs. Et un peu à la surprise générale : il y a eu un accord sur la politique de sécurité intérieure (15 000 policiers en plus, une généralisation de la vidéo surveillance). Accord aussi hier, après des échanges très animés, sur la politique agricole : ce n'était gagné quand on a à la même table des écologistes et des libéraux qui eux sont pour une déréglementation du secteur. Mais à priori, ces derniers ont accepté de lâcher sur la question du Glyphosat. Ce serait une énorme concession de leur part.
Et évidemment on se demande maintenant ce qu'ils ont obtenu en contrepartie.

Oui parce que c'est un immense jeu de poker.
On sait qu'Emmanuel Macron voit d'un très mauvais œil l'arrivée au pouvoir de ces Libéraux allemands : "s'ils entrent au gouvernement, je suis mort", a-t-il dit en septembre. Il craint qu'ils sabotent complètement ses plans de reformes de la zone euro.

Et c'est une crainte bien légitime aux vues des premières réunions sur l'Europe des partenaires de coalition ici.
C'est l'un des sujets qui a été abordé en priorité par les négociateurs. Pour l'instant, il semble que ce soit la ligne ferme, la ligne de l'austérité qui ait le dessus. Les Libéraux ne cachent pas leur ambition de placer l'un des leurs au poste ultra stratégique de ministre fédéral des Finances. En clair, si vous trouviez Wolfgang Schäuble trop rigide, et bien préparez-vous à pire !
Cela dit, la question n'est pas définitivement tranchée et tant que Berlin n'a pas officiellement dit NON au projet de budget commun pour la zone euro, l'Élysée a de quoi espérer. N'oublions pas qu'Angela Merkel est une négociatrice hors pair ; elle l'a prouvée mainte fois à Bruxelles : elle n'a pas son pareil pour retourner les situations, tout ça sans qu'on la voie venir. C'est ce qui fait sa force d'ailleurs.

Donc si on revient à notre question initiale : aujourd'hui ça passe ?

Écoutez : personne n'a intérêt à ce que cette coalition ne se fasse pas !
Des nouvelles élections seraient une catastrophe pour les partis en discussion. Les Allemands sont favorables à cette alliance exotique - cette fameuse coalition Jamaïque, comme on dit. Parce que les couleurs des partis partenaire sont celle du drapeau du pays de Bob Marley : noir pour les conservateurs, jaune pour les libéraux et verts pour les écologistes.
Il y a douze ans, l'ancien leader des verts Joschka Fischer avait ironisé en disant qu'il fallait vraiment beaucoup fumer de joints pour y croire. On saura ce soir après cette journée cruciale si les temps ont changé.