Après la Pologne et la République Tchèque, risque de contagion sur la Roumanie ?

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L’édito international est une chronique de l'émission Toute l'info du week-end
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François Clemenceau revient chaque matin sur un évènement international au micro d'Europe 1 Bonjour.

Après la Hongrie et la Pologne, l'Europe menace la Roumanie

La Commission européenne vient de mettre en garde la Roumanie de ne pas mettre en œuvre une réforme de la justice adoptée le mois dernier qui serait trop indulgente vis-à-vis des élus ou des dirigeants accusés de corruption. 

On a beaucoup parlé de la corruption récemment parce que la Bulgarie prenait la présidence tournante de l’Union européenne pour le premier semestre, un pays qui n’a toujours pas réussi à vaincre ce démon des dessous de table et des passe-droits, un système hérité en bonne partie du communisme mais qui devait être combattu. C’était même une condition expresse de l’adhésion à l’Union en 2007. Et bien pour la Roumanie, c’est exactement la même chose. Ces deux pays sont toujours les plus pauvres de l’Europe bien que la Roumanie ait vu son PIB augmenter de 50% depuis qu’elle est membre de l’Union. Mais les Roumains sont exaspérés de voir que cette progression vers une forme de prospérité, plus d’un quart de siècle après la mort du tyran Ceaucescu est encore minée par l’enrichissement personnel de leurs dirigeants. Les chefs d’entreprise sont les premiers à se plaindre du racket, les magistrats aussi, qui voient triompher le règne de l’impunité.

Tous protestent donc contre une réforme adoptée le mois dernier.

Oui, et surtout contre le parti social-démocrate au pouvoir qui est dirigé par un homme qui veut mettre au pas ses rivaux, ses adversaires et le système judiciaire. Il s’appelle Liviu Dragnea, c’est un ancien vice-premier ministre mais qui s’est fait condamné par la justice pour fraude électorale. Il y a un an, alors qu’il s’était débrouillé pour se faire élire président du Parlement, il a fait pression pour faire adopter un décret qui assouplit l’arsenal pénal anti-corruption et qui aurait permis de le blanchir. Sauf que les Roumains ont jugé cela tellement intolérable qu’ils sont descendus dans la rue : des manifestations monstres comme on en avait pas vu depuis la Révolution. Le décret a été abrogé mais en décembre , Liviu Dragnea a trouvé la parade, il a fait adopter une loi qui réforme la justice et réduit notamment le rôle du parquet anti-corruption.

D’où la colère de la Commission européenne.

Celle des Roumains d’abord qui se sont remis à manifester, ils étaient plus de 30.000 le week-end dernier à Bucarest. Et oui, celle de la Commission européenne pour qui il ne peut y avoir de "retour en arrière". Un nouveau premier ministre, le 3ème en moins d'un an, a été nommé, c'est une femme qui vient du Parlement européen, mais beaucoup pensent qu’elle n’osera pas résister à Liviu Dragnea.

Mais alors qui pourrait sortir la Roumanie de cette épreuve ?

Dans ce bras de fer, tout repose désormais sur le président de la République, Klaus Iohannis, un homme de la droite centriste, un universitaire  très respecté. C’est lui qui doit promulguer la loi contestée. La Roumanie doit prendre la présidence de l’Union européenne en janvier 2019. Ce serait triste si il ne parvenait pas à mettre fin à cet épisode d’ici là.