Crise au Japon : il n'y a pas assez de chômeurs

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L'édito économique est une chronique de l'émission Europe matin
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Il y a 140 offres d’emplois pour 100 chômeurs au Japon. 

L'édito éco de Nicolas Barré, directeur de la rédaction des Echos. Bonjour Nicolas. Le Japon manque de chômeurs! Faute de bras, la troisième économie du monde a trop de travail pour pas assez de personnes qui en cherchent.

Oui et c’est intéressant au moment où certains candidats à la présidentielle parlent de la fin du travail et s’inquiètent des effets de la robotisation, le Japon, qui est une des économies les plus sophistiquées, les plus automatisées du monde, manque de bras. Le taux de chômage est tombé à 2,8%, le plus bas niveau depuis un quart de siècle. On est au-delà du plein-emploi: le pays manque de main d’oeuvre et certaines entreprises sont même obligées d’interrompre leurs activités à certaines heures faute de bras, dans la restauration, dans l’hôtellerie et même maintenant dans l’industrie.

Et les robots, alors?

Le Japon est le deuxième pays le plus robotisé du monde: plus de 300 robots pour 10.000 employés dans l’industrie, trois fois plus qu’en France (le premier pays est la Corée du Sud avec plus de 400). C’est un marché en très forte croissance, 20% l’an dernier. Mais ça ne compense pas le manque de main d’oeuvre: il y a 140 offres d’emplois pour 100 chômeurs au Japon. La raison bien sûr est démographique: la population en âge de travailler (15-64 ans) chute de 500.000 par an et comme il y a très peu d’immigration, la pénurie de main d’oeuvre s’aggrave.

C’est bon pour les salaires, non?

Ça se traduit surtout par plus d’heures supplémentaires pour les salariés en CDI. Donc c’est bon pour le pouvoir d’achat. Tout n’est pas transposable dans l’exemple japonais mais il montre que le travail peut manquer, même dans une économie, la troisième du monde, à la pointe de l’innovation puisque le Japon est le 2e pays au monde par le dépôt de brevets. L’innovation n’est pas l’ennemie de l’emploi.