Laïcité : ce rapport Clavreul dont le gouvernement se serait bien passé

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L'édito politique d'Hélène Jouan est une chronique de l'émission Europe matin
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Le rapport Clavreul dresse un constat alarmant sur la laïcité, mise à mal notamment par l’islam radical. Ce texte propose des mesures choc pour endiguer les dérives, loin parfois de ce que prône Emmanuel Macron.

Tout l’automne, Emmanuel Macron a pris un soin particulier pour se tenir le plus loin possible du débat sur la laïcité. Alors que Manuel Valls et Edwy Plenel se déchiraient en place publique, le président de la République, lui, annulait son grand discours. Emmanuel Macron déteste qu’on lui dicte son agenda, et encore moins sur un sujet qui ne l’arrange pas. Mettre la place de l’Islam en France au cœur du débat public est le meilleur moyen pour semer la discorde au sein même de sa majorité. Le rapport Clavreul arrive comme un cheveu sur la soupe et vient remettre sur la table un plat dont le chef de l’Etat avait clairement dit qu’il ne voulait plus en goûter !

Deux visions de la laïcité. Au surplus, la laïcité d’Emmanuel Macron est apaisée. "Elle ne doit pas être une religion d’Etat qui se substitue aux religions", avait-il dit lors de ses vœux au monde religieux. Le rapport Clavreul met au contraire en scène une laïcité de combat, c’est précisément le contraire de ce que souhaite promouvoir Emmanuel Macron.

Quel rapport ? Mais surtout, pourquoi avoir commandé un tel rapport si l'exécutif ne vouait plus entendre parler du sujet ? Jeudi après-midi, à l’Elysée et à Matignon, les conseillers étaient un peu perdus : ils tombaient de leur chaise. Quoi ? Quel rapport ? C’est quoi ce rapport ? Personne ne savait d’où il sortait et surtout pourquoi maintenant ? En fait, il a été commandé par le secrétariat général du ministère de l’Intérieur sur demande de l’Observatoire de la laïcité qui est présidé par Jean-Louis Bianco. Depuis, tout le monde l’avait un peu oublié. À commencer Jean-Louis Bianco, qui partage la ligne de la laïcité apaisée, et qui, furieux, considère que le texte ne répond pas selon lui à la commande.

Une dissonance de taille.  Mais ce qui est étonnant, c’est que ce rapport ait été dès le départ confié à Gilles Clavreul, qui est loin d'être une personnalité anodine. C’est un proche de Manuel Valls, dont il partage les combats. En clair, il y avait de grandes chances pour que le rapport ait cette tonalité. De quoi donner le sentiment d’un cafouillage, et envoyer un message troublé sur un sujet pourtant essentiel sur lequel nos concitoyens attendent exactement le contraire : de la clarté.